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Paul Adams (Andersen Consulting): La nouvelle place prépondérante des actif immatériels

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©DR

Paul Adams, Global Partner chez Andersen Consulting et l’un des principaux stratèges mondiaux en matière d’actifs immatériels, explique comment des actifs invisibles (données, logiciels, marque et savoir-faire) redéfinissent l’investissement et la performance des entreprises. Il expose pourquoi la compréhension de ces actifs est désormais essentielle pour la croissance et la gestion des risques. Interview.

Vous affirmez que la plupart des bilans d’entreprise se sont inversés. Que cela signifie-t-il pour les investisseurs ?
La valeur des entreprises a connu un bouleversement profond. Au milieu des années 1970, les actifs immatériels représentaient moins d’un cinquième de la valeur des sociétés. Aujourd’hui, ils en constituent près de 90 %. Ces actifs (données, logiciels, marque, relations, autorisations réglementaires et savoir-faire) sont devenus les principales sources d’avantage concurrentiel, de croissance et de résilience. Pourtant, ils demeurent largement invisibles dans les états financiers. Les normes comptables modernes ont été conçues pour une économie industrielle, où usines, machines et stocks physiques expliquaient la performance. Ce n’est plus le cas. En conséquence, les principaux moteurs de valeur d’aujourd’hui se trouvent hors bilan, noyés dans le goodwill ou comptabilisés à leur coût d’origine, sans lien avec leur véritable valeur économique. Cela crée ce que certains considèrent comme une inversion du bilan : les actifs qui comptent le plus sont ceux que les investisseurs voient le moins. Deux entreprises ayant des bénéfices identiques peuvent en réalité présenter une qualité d’actifs immatériels totalement différente ; donc des perspectives très divergentes en matière de marges durables, de défensibilité et de rendement à long terme. Comprendre une entreprise signifie de plus en plus comprendre ses actifs immatériels.

"90% de la valeur des entreprises réside désormais dans les actifs immatériels."

Comment ce changement affecte-t-il les transactions, les valorisations et la création de valeur ?
Une tendance claire s’impose: les entreprises qui investissent davantage dans les actifs immatériels surperforment systématiquement celles qui investissent moins. Les sociétés du premier quartile de croissance investissent presque trois fois plus dans les immatériels (en proportion du chiffre d’affaires), mais enregistrent une croissance six fois plus rapide, tous secteurs confondus. Cela s’explique par la nature même de ces actifs (données, logiciels, marque, processus propriétaires et savoir-faire) qui se déploient plus rapidement et plus efficacement que les actifs physiques. Ils se cumulent, renforcent l’avantage concurrentiel et augmentent les rendements sans nécessiter une intensité capitalistique équivalente. Ce changement est désormais déterminant lors des transactions. La qualité, le contrôle et la défensibilité des actifs immatériels d’une entreprise influencent de plus en plus sa capacité à obtenir une prime, attirer des acheteurs stratégiques ou justifier une valorisation élevée. Dans un cas précis, l’identification et la valorisation d’un actif immatériel sous-estimé (des données) ont permis de faire passer la valorisation de sortie d’une entreprise de portefeuille de 4x l’EBITDA à 32x ; cela démontre à quel point une valeur significative peut se situer en dehors des états financiers. Pendant la période de détention, ces mêmes actifs génèrent une part disproportionnée de création de valeur. Les immatériels facilitent de nouveaux modèles de revenus, soutiennent l’expansion de marché, créent du pouvoir de fixation des prix, améliorent les unit economics et renforcent la résilience. Il ne s’agit pas d’exceptions ; ils illustrent un changement structurel dans la manière dont la valeur est construite, protégée et monétisée. Dans un monde où la majeure partie de la valeur des entreprises est désormais immatérielle, comprendre et gérer ces actifs est devenu central pour la performance des investisseurs.

Quels risques découlent des actifs immatériels, et pourquoi sont-ils souvent ignorés ?
À mesure que la valeur s’est concentrée dans les actifs immatériels, les risques ont suivi la même trajectoire. Parmi les risques courants figurent l’incapacité à prouver la propriété d’actifs clés, l’utilisation risquée de code open source, la fuite d’informations sensibles, l’exposition à des atteintes à la propriété intellectuelle, et des vulnérabilités dans la protection de la marque. Les cadres traditionnels de due diligence passent généralement à côté de ces risques. La due diligence financière se concentre sur les éléments inscrits au bilan, et non sur les actifs hors bilan. La due diligence juridique se limite aux droits enregistrés (brevets, marques) et ignore souvent les actifs non enregistrés comme le savoir-faire ou les contenus. La due diligence technique se focalise sur la fonctionnalité des produits, plutôt que sur les actifs sous-jacents. Résultat : les investisseurs peuvent s’exposer, sans le savoir, à des risques transactionnels majeurs. Les conséquences peuvent être lourdes : rebranding forcé, réécriture complète de logiciels, litiges liés à la propriété des données, transactions avortées. Tous ces éléments affectent directement le TRI. Les risques existent ; simplement, personne ne les identifie.

Conclusion
Les actifs immatériels sont devenus les principaux moteurs de valeur, de croissance et de risque. Pourtant, ils restent largement absents des états financiers et souvent insuffisamment analysés lors des transactions ou au cours des opérations. Les investisseurs et dirigeants capables d’identifier, d’évaluer et de gérer ces actifs seront mieux positionnés pour créer de la valeur, éviter les mauvaises surprises et générer des rendements plus robustes et plus résilients dans l’économie actuelle.

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