Stéphane Bellac et Kevin Barbant (BearingPoint): Optimisation de la chaîne d'investissement en banque privée

Stéphane Bellac et Kevin Barbant de BearingPoint, auteurs de l’étude «Investment Operating Model in Wealth Management», déclarent que les banques privées disposant de plusieurs entités en Europe éprouvent toujours des difficultés à aligner, automatiser et centraliser leurs processus d’investissement. Il en résulte un faible alignement des systèmes d’information qui supportent ces processus, et pourtant, ces mêmes banques s’accordent toutes sur les gains d'efficacité potentiels. Entretien.

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«Ces banques s'accordent à dire que l’alignement des systèmes d’information au sein des entités du groupe […] permet d’améliorer l’efficacité des processus d’investissement, et donc d’augmenter la qualité des services».

 

Quels modèles opérationnels avez-vous observés au cours de votre étude?

L'objectif de cette étude était de comparer des banques privées disposant de plusieurs entités en Europe (Suisse, Luxembourg, Monaco, UK, etc.). Nous avons globalement constaté un faible niveau d’alignement, de centralisation et d’automatisation des processus d’investissement entre entités d’une même banque. En revanche, certaines banques ont construit des modèles plus aboutis organisés en Hub par métier ou par zone géographique, mais aucun n’a atteint un niveau global d’uniformisation. Ces banques s'accordent à dire que l’alignement des systèmes d’information au sein des entités du groupe (Portfolio Management System, Order Management System, etc.) permet d’améliorer l’efficacité des processus d’investissement, et donc d’augmenter la qualité des services. Dans ce cas, l’un des défis sera d’intégrer les spécificités locales, notamment réglementaires et fiscales, dans un processus centralisé et harmonisé. Un autre défi sera de maintenir un unique univers d’investissement, centralisé et harmonisé, pour l’ensemble des entités du groupe, aussi bien pour la gestion discrétionnaire que conseillée. Enfin, l'utilisation des mêmes solutions applicatives au sein des différentes entités permet d'éviter des flux d’échanges d’un autre temps tels que les e-mails, les feuilles Excel, etc. puisque toutes les informations sont partagées dans les mêmes systèmes, ce qui permet d’éviter toutes les re-saisies manuelles, fait gagner un temps précieux, et réduit le risque opérationnel.

Quelle approche conseilleriez-vous à une banque privée souhaitant revoir son modèle opérationnel d’investissement?

 

Il existe deux approches; la première consiste à aborder le sujet du point de vue applicatif, et donc d’aligner ensuite les processus d’investissement sur la solution IT cible. Son corolaire, consiste à aborder le sujet par le prisme des processus d’investissement, qui devront d’abord converger pour ensuite choisir la solution IT appropriée. Quelle que soit l’approche choisie, l’objectif premier sera de porter les offres d’investissement préalablement définies par la banque.

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Comment se décompose la chaîne d’investissement d’une banque privée?

 Nous avons défini trois blocs principaux dans cette chaîne de valeur: la Sélection, la Construction et la Gestion. La Sélection est l’étape où l’on définit quel(s) type(s) d’offre(s) la banque souhaite proposer à ses clients; une gestion discrétionnaire et/ou une gestion conseillée. C'est aussi lors de cette étape que la banque structure le(s) univers d'investissement afin de servir au mieux ses offres de gestion. Le défi étant de réussir à ne maintenir qu’un seul univers d’investissement pour les deux types de gestion. Enfin, c’est aussi à cette occasion que la banque définit sa gouvernance de manière plus ou moins centralisée. La Construction est la phase où la banque met en place sa structure d’investissement: stratégie d'investissement, allocation d'actifs, contraintes clients, cadre réglementaire, etc. Enfin, la Gestion consiste à définir le cycle de vie des portefeuilles clients, de la simulation à l’exécution, en passant par le «rebalancing» et le reporting. Ce dernier étant un élément disruptif car très peu de banques privées disposent d'un reporting dédié à la gestion conseillée.