
Kimberley Pagès-Greslon (BearingPoint): Quand la conformité devient un moteur stratégique
La pression réglementaire autour d’AML/KYC ne cesse de grandir, mais elle ouvre aussi la voie à une nouvelle forme de performance. Kimberley Pagès-Greslon, Senior Manager chez BearingPoint Luxembourg, partage une vision très pragmatique : transformer la contrainte en avantage opérationnel.
Comment BearingPoint soutient-il les institutions face à la complexité AML/KYC actuelle ?
À Luxembourg, BearingPoint s’appuie sur un Anti-Financial Crime Competency Center structuré autour de deux piliers. Le premier couvre la transformation stratégique. Les équipes de Compliance Advisory soutiennent les établissements dans leurs programmes “Change the Bank” : clarification des objectifs, définition de modèles opérationnels cibles, remise à plat des processus, conduite du changement, sélection d’outils pertinents. Elles aident aussi les institutions à se préparer aux revues réglementaires grâce à des analyses de maturité ou des évaluations par rapport à la réglementation en cours. La seconde dimension se matérialise à travers l’AFC Factory, entièrement tournée vers l’exécution quotidienne. Les équipes renforcent la production AML/KYC, pilotent des campagnes de remédiation de grande ampleur et assurent une réalisation conforme aux attentes des superviseurs. Kimberley Pagès-Greslon souligne cette logique: une organisation cohérente crée un véritable cercle vertueux; la conformité cesse de représenter une charge et devient un levier d’efficacité durable.
“Nous accompagnons nos clients pour faire de la conformité un véritable avantage concurrentiel.”

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Quelles technologies émergentes transforment le plus AML/KYC ?
Le paysage technologique évolue rapidement, et cette dynamique influe directement sur les dispositifs AML/KYC. Parmi les innovations marquantes, le Perpetual KYC occupe une place centrale. Cette approche permet une actualisation continue des dossiers et une intervention au moment précis où une revue devient nécessaire. L’intelligence artificielle, le machine learning, l’automatisation robotisée et les API permettent cette évolution : identification accélérée, intégration fluide de données externes, mise à jour dynamique des profils de risque en fonction des comportements observés. Pour les clients, cette modernisation crée un parcours plus simple : moins de sollicitations répétées, davantage de cohérence. Une transition vers le P-KYC exige toutefois une réflexion structurée, des investissements solides et une vigilance accrue en matière de protection des données. Une feuille de route précise crée néanmoins les conditions idéales pour tirer profit de ces avancées.
Quelles obligations AML/KYC émergeront durant les deux à trois prochaines années ?
Le paysage européen de la lutte contre le blanchiment entre dans une phase de transformation profonde, portée par un mouvement d’harmonisation et par un contrôle renforcé. Les trois prochaines années verront un basculement net de la conformité vers un modèle plus structuré, plus uniforme et davantage soutenu par une supervision centralisée. Dès 2026, la sixième directive AML introduira des exigences de gouvernance interne plus strictes, un régime de sanctions élargi pour les personnes morales ainsi qu’un cycle de vérification plus rapproché des registres de bénéficiaires effectifs. Puis, en 2027, le règlement AML deviendra applicable dans chaque État membre. Cette application directe créera un cadre unique : définitions harmonisées, délais de revue standardisés et seuils de vigilance relevés structureront désormais la conformité dans toute l’Union européenne. À partir de 2028, la nouvelle Autorité européenne de lutte contre le blanchiment (AMLA) assumera la supervision de quarante institutions financières classées sensibles à l’échelle de l’Union. Une surveillance centralisée instaurera une cohérence inédite, renforcera la pression réglementaire et exigera des dispositifs AML/KYC beaucoup plus solides, capables de répondre à un niveau d’examen plus exigeant.

