Christian Gibot (Cardif Lux Vie) : Taux bas, actifs riches

Pour Christian Gibot, CEO de Cardif Lux Vie, l’assurance vie luxembourgeoise garde tout son intérêt, dans un environnement économique compliqué. Elle doit tirer son épingle du jeu dans les années à venir, en tenant compte de la persistance des taux bas et de la nécessité d’investissements plus sophistiqués.  

Comment se transforme le domaine de l’assurance vie ?

Nous sommes entrés dans un environnement de taux bas durables modifiant complètement le secteur des placements. L’assurance vie reposait en partie sur des taux garantis et sur une logique de capital disponible à tout moment. Ce contexte nous pousse à nous tourner vers des investissements plus risqués. Une stratégie de recherche de rendements s’impose. Des actifs de plus en plus sophistiqués doivent entrer dans nos produits. L’assurance vie luxembourgeoise procure le cadre idéal pour cette évolution. Les autres éléments majeurs de transformation résident dans la digitalisation, l’amélioration de l’expérience client et le sens à donner à l’épargne, notamment avec une approche RSE. Ces besoins latents prennent, aujourd’hui, le dessus et sont devenus indispensables quand il s’agit d’améliorer la qualité du service que l’on peut fournir.

“L’enjeu des taux bas persistants nous impose de faire preuve de créativité et d’innovation, tout en nous offrant la chance d’élaborer des produits de valeur.”

Quelles priorités conditionnent cette évolution ?

Avant tout, nous devons agir sur la notion d’offre et de services. Cela implique une prise en charge et une réactivité marquées du sceau de la qualité. Ensuite, nous devons nous appuyer sur notre savoir-faire pour développer des produits de pointe, innovants. Les clients recherchent de nouveaux actifs. Pour satisfaire leur demande de rendement, nous devons les accompagner dans la structuration d’offres adaptées à leur profil d’investisseur et en adéquation avec leurs besoins. Un autre axe prioritaire reste celui de la digitalisation, tout aussi important au moment de la souscription que dans les phases ultérieures d’interaction. La qualité de service en dépend fortement. Enfin, en tant qu’investisseur de long terme, nous devons donner du sens à nos actions. Notre programme interne d’engagement responsable, « My Impact », s’est réaligné sur les récentes évolutions du monde pour mieux accompagner notre stratégie et guider le quotidien de nos collaborateurs. L’investissement responsable en constitue un volet important. Nous détenons un encours de 28 milliards €, dont à peu près 9 milliards € gérés par nous-mêmes au sein de notre Fonds Général. Enfin, en ces temps de distanciation sociale, nous nous attachons à recréer du lien entre nous. Cela passe, notamment, par la gestion du télétravail dans une dynamique collective. Le travail à domicile se généralisera certainement après la crise sanitaire.

Quels risques et opportunités identifiez-vous à moyen et long terme ?

Dans notre secteur d’activité, les marges demeurent faibles alors que le coût lié à la réglementation, de plus en plus importante, risque de nuire à la fois à la concurrence et à l’innovation. Nous devons rester attentifs à cette tendance, car elle menace de limiter le nombre d’acteurs, tout en réduisant les capacités d’investissement. Le deuxième enjeu majeur consiste à préserver la Libre Prestation de Services (LPS). On a vu, avec la gestion du coronavirus, que la notion d’Espace Schengen connaissait des limites. Il ne faudrait pas que la circulation sans entrave des biens, des capitaux et des personnes subisse une remise en question. Notre rôle d’assureur et d’acteur financier majeur nous confère une responsabilité importante vis-à-vis de la société. Cela doit nous aider à tracer notre voie. Enfin, l’enjeu des taux bas persistants nous impose de faire preuve de créativité et d’innovation, tout en nous offrant la chance d’élaborer des produits de valeur répondant à la demande. Si nous arrivons à nous prémunir de ces risques et à les inclure dans notre offre, nous nous ouvrirons de belles opportunités.