Claude Turmes (Ministre de l'Énergie, Ministre de l'Aménagement du territoire) : la transition sans concession

Pour Claude Turmes, ministre de l’Energie et ministre de l’Aménagement du territoire, l'économie de demain devra être écologique et responsable. Sa vision, amener la Place financière, les industriels et les promoteurs à œuvrer dans ce sens. Initier aussi un changement sociétal et des environnements basés sur des modes de vie alternatifs. 

 

Quels défis et opportunités identifiez-vous pour le Luxembourg en matière d'énergie ? 

L'économie de demain devra être écologique et responsable. Car les écosystèmes sont comme ils sont, et nous devons vivre avec ces limites. Aussi, la finance devra accepter que négocier avec la nature est impossible. Ce sont là 2 grands challenges, au niveau mondial et au Luxembourg, car la Place financière repose sur une économie très globalisée. Nous avons les compétences et la volonté politique d'être parmi les premiers sur certains segments du marché. Dans l’immobilier, nos normes strictes en matière de consommation d’énergie sur le résidentiel nous positionnent comme les meilleurs en Europe. Pour le bureau, nos standards stimulent l'innovation et l’excellence. Nos professionnels du bâtiment sont très compétitifs à l’international, et jouent en super League avec Paris et Francfort. Avec la Banque européenne de l’investissement (BEI) implantée au Kirchberg, et grâce à son expertise en structuration de fonds verts, le Grand-Duché pourrait développer des instruments financiers dédiés, mêlant capitaux publics et privés : comme un fond énergie solaire Afrique, pour éradiquer la pauvreté énergétique sur ce continent. Quelle meilleure pub pour lui et sa Place financière ? En matière d’énergie, suite à une réglementation européenne, un dispositif impose aux revendeurs d'électricité et de gaz des efforts à hauteur de 1,5% de leurs ventes. Des démarches d'efficacité accrue doivent donc être entreprises. Là aussi, un savoir-faire exportable existe dans l’optimisation des processus industriels.

“Luxembourg in Transition vise à définir une impulsion et de nouveaux programmes d'aménagement pour atteindre le zéro carbone, notre second grand chantier.” 

Pouvez-vous décrire les principaux axes de votre politique d'aménagement du territoire ?

Le ministre de l'Aménagement du Territoire a pour mission d’assurer la qualité de vie, et de trouver un équilibre entre le respect de la nature et de nos ressources naturelles et le développement urbain, territorial et économique. Comme notre sol est la ressource la plus menacée, nous devons être des champions mondiaux du « multi-use » et du « best-use ». Une de nos grandes priorités est donc de densifier et de mieux utiliser les surfaces des zones résidentielles et d’activités dans une structure urbaine mixte, comme Belval et son ensemble de commerces, de logements et de bureaux. 

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur Luxembourg in Transition, une initiative qui imagine un pays sans carbone d'ici 2050 ?

Unique en Europe, le projet réunit urbanistes, architectes, et sociologues du Luxembourg et de l’Europe, pour identifier la meilleure façon de structurer le territoire du Luxembourg et son aire fonctionnelle dans la Grande Région. Il vise aussi à définir une impulsion et de nouveaux programmes d'aménagement pour atteindre le zéro carbone, notre second grand chantier. Les technologies solaires et éoliennes, la mobilité électrique, les processus industriels intelligents, etc. ne peuvent seuls réaliser cet objectif ; les habitudes doivent également changer. L'agencement du territoire doit donc être un moteur positif et un facilitateur, avec notamment la construction de quartiers sans voitures avec des infrastructures de car-sharing, une gare, un tram, un bus express, une location vélos… Notre seule chance de réussir ce changement sociétal passe par des environnements reposant sur d’autres modes d’existence qui améliorent en même temps notre quotidien.