Demis Hassabis (DeepMind) : L’intelligence pour terrain de jeu

L’ex-enfant prodige des échecs collectionne désormais de nouvelles victoires. Co-fondateur de DeepMind, Demis Hassabis explore les potentialités de l’intelligence artificielle. Une quête qui pose aussi question.

Petit champion devenu grand savant

 

Ses succès comme son appétence pour des défis toujours plus extraordinaires, Demis Hassabis, 41 ans, les tient d’une précoce et brillante carrière de joueur d’échecs. A 4 ans, il découvre le jeu et devient rapidement un champion. A 8 ans, avec les primes perçues lors des tournois, il acquiert son premier ordinateur. Le jeune Londonien conçoit alors un programme « suffisamment élaboré déjà pour battre mon petit frère... », sourit-il aujourd’hui. Ce goût pour le jeu comme pour la programmation le conduisent vers la conception de jeux vidéo. Le plus célèbre, Theme Park, qu’il invente à 17 ans, s’avère le premier best-seller du genre à faire appel à l’intelligence artificielle. « Au lieu de tuer, le joueur imagine un univers puis le jeu s’adapte à sa façon de jouer » résume son créateur. « Une pièce manquait au puzzle » explique-t-il encore. Un doctorat de neurosciences en poche, il fonde DeepMind en 2010.

« La technologie
est neutre. La façon dont les êtres humains utilisent cette technologie décide de son caractère éthique. »​

Une intelligence artificielle toujours plus intelligente

 

La société se donne comme objectif d’explorer le domaine de l’intelligence artificielle. Entouré d’une centaine de chercheurs, Demis Hassabis s’inspire directement du fonctionnement du cerveau humain. Pourtant, élaborer des algorithmes se révèle insuffisant. Observant le principe de Feynman « Ce que je ne peux construire, je ne le comprends pas », l’aréopage scientifique de DeepMind s’appuie sur la notion de « l’apprentissage de renforcement ». La machine observe, agit, puis tient compte des changements induits. L’équivalent de l’action de la dopamine dans le cerveau. Une nouvelle étape est franchie quand les machines et programmes intègrent « leurs propres créations » dans leur système. Cependant, cette intelligence artificielle essentiellement expérimentée sur des jeux de stratégie doit désormais assimiler des concepts abstraits et posséder une mémoire à long terme, juge alors Demis Hassabis. Devenue une entité de Google en 2014, DeepMind s’attaque ainsi à de nouveaux challenges.

Quelle est votre feuille de route pour 2018 ?

La société s’intéresse d’abord à la 3D, à la simulation et à la création de véritables robots. Pour la suite, l’ancien champion pense à des formes d’intelligence artificielle à même de maîtriser des bases d’information si denses et régies par des phénomènes si complexes que même les cerveaux humains les appréhendent difficilement. Cela justifie le rapprochement avec Google en 2014, afin que tant de données soient universellement accessibles. Les défis du monde moderne - climat, santé, énergie etc. - paraissent à Demis Hassabis autant de sujets que des intelligences artificielles ne peuvent plus ignorer.

Des nouvelles frontières qui induisent une réflexion éthique que le scientifique n’esquive pas, admettant que ces innovations nécessitent un réel esprit de responsabilité. Et s’il voit toujours plus loin, rêvant d’une intelligence artificielle pouvant... rêver et possédant une forme de conscience, Demis Hassabis souhaite d’abord progresser dans « la théorie du tout », avec des machines sachant convertir des informations non structurées en connaissances ordonnées. L’aventure ne fait que débuter.

© 360Crossmedia

Screenshot 2020-07-10 at 12.51.48.png