Andre Reitenbach (Gcore): l’IA, moteur des infrastructures de demain
Andre Reitenbach, CEO et cofondateur de Gcore, explique le rôle clé du Luxembourg dans la course européenne à l’IA, de l’infrastructure à la souveraineté en passant par la cybersécurité.
Comment l’adoption de l’IA peut-elle préserver l’avantage compétitif du Luxembourg sur les marchés mondiaux ?
L’IA ouvre une ère de transformation, non seulement en théorie, mais aussi en termes de résultats concrets, de productivité et de souveraineté. Sans elle, le Luxembourg risque de perdre en pertinence dans l’économie mondiale. Cette technologie n’est plus un sujet de recherche lointain ; elle est désormais au cœur des stratégies industrielles et gouvernementales. Robots, drones et systèmes d’IA agentique s’intégreront bientôt dans la vie quotidienne. L’adoption doit être rapide. Les pays incapables de déployer l’IA à tous les niveaux, administration publique, entreprises privées et infrastructures, dépendront de ceux qui y parviennent.La barrière à l’entrée a fortement baissé : des GPU valant autrefois des millions sont aujourd’hui accessibles. Mais l’accès seul ne suffit pas. Les pays doivent s’ancrer dans toute la chaîne de valeur de l’IA. D’abord, les fondations. Il ne s’agit pas uniquement des data centers et des serveurs, même essentiels, mais aussi des ingénieurs, chercheurs et opérateurs capables de comprendre et d’innover. Les personnes restent au cœur de l’IA. Si les machines ne remplaceront pas totalement les humains, seuls ceux maîtrisant l’IA prospéreront. L’éducation, le développement des talents et la montée en compétences doivent devenir des priorités immédiates. Le pays doit activement semer et faire croître un écosystème de professionnels maîtrisant l’IA. Sinon, le moteur économique risque de caler au milieu de la révolution numérique.

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"L’IA ne va probablement pas remplacer les personnes, mais des personnes doivent impérativement savoir utiliser l’IA."
Quel rôle Gcore joue-t-elle pour faire du Luxembourg un hub européen de l’IA ?
Gcore a commencé à construire des clouds GPU dès 2021, avant que ChatGPT ne popularise la vague de l’IA. Ce timing a permis à l’entreprise d’agir rapidement, de monter en puissance et d’attirer des talents et partenariats, notamment avec Nvidia. Des années d’expérience en calcul haute densité et en infrastructures mondiales ont permis à Gcore de devenir un acteur reconnu, récemment cité par Semianalysis parmi les principaux fournisseurs mondiaux de cloud GPU. L’entreprise exploite des clusters en Europe, au Moyen-Orient et aux États-Unis et dispose de la plus grande installation GPU du Benelux. Alors que les équipes basées au Luxembourg gagnent en dynamisme, la capacité reste le principal goulot d’étranglement. La demande dépasse déjà les infrastructures actuelles. Le pipeline de clients de Gcore croît plus vite que ses ressources matérielles. Des investissements sont nécessaires, non pour créer un produit, mais pour faire évoluer une plateforme déjà opérationnelle et très demandée. La souveraineté devient un enjeu central. Maintenir ce moteur d’innovation ancré au Luxembourg est stratégique. Les acquisitions par de grands acteurs américains représentent une menace réelle. Attirer les bons capitaux, locaux ou via des acteurs européens alignés, peut sécuriser le rôle du Luxembourg comme véritable destination de l’IA, non seulement un hub de données, mais aussi un hub de compétences et d’intelligence.
Comment les entreprises européennes doivent-elles aborder la menace croissante des cyberattaques alimentées par l’IA ?
La sécurité doit évoluer aussi vite que la technologie contre laquelle elle se défend. Les menaces se multiplient. Les campagnes DDoS, les ransomwares et les vulnérabilités générées par l’IA ne sont plus hypothétiques ; elles mettent déjà en danger des entreprises dans toute l’Europe. La seule réponse possible reste l’investissement proactif. Les organisations doivent développer des capacités techniques selon trois axes : l’infrastructure, la maîtrise de l’IA et la cybersécurité. Gcore a identifié cette dynamique très tôt grâce à ses origines dans le secteur du gaming, l’un des plus attaqués. Les enseignements tirés de plus de dix ans d’expérience façonnent aujourd’hui l’architecture de sécurité de Gcore. L’essor des agents d’IA autonomes exige des défenses tout aussi autonomes. La vitesse de réaction humaine ne peut pas contrer des menaces opérant à la vitesse des machines. Seule l’IA peut reconnaître, s’adapter et répondre en temps réel à des attaques pilotées par l’IA. Les entreprises européennes doivent mettre en place des systèmes de protection intelligents et multicouches. Cela implique non seulement des outils, mais aussi des personnes et des partenariats capables de connecter les systèmes, d’analyser les données et d’agir rapidement. Gcore travaille déjà sur des solutions avancées de cybersécurité et ambitionne de jouer un rôle de premier plan en Europe. La souveraineté ne consiste pas seulement à posséder des serveurs, mais à les protéger face à des menaces en constante évolution dans un espace numérique sans frontières.

