Pierre Gramegna (Ministre des Finances) : Dompter l’impondérable

Le ministre luxembourgeois des Finances, Pierre Gramegna, a rassuré les gestionnaires de risques lors de la E-Conférence 2021 de l'ALRIM. Il affirme que l’action unanime de l’Union européenne et la solidarité des pays membres vers une transition numérique et durable de l’économie créent un cadre positif sur lequel construire l'avenir post-pandémie et post-Brexit de l'UE.

Les impondérables du Covid

 

Choisissant une expression du lexique des gestionnaires de risques, M. Gramegna a qualifié la pandémie de Covid de "cygne noir", un événement impondérable, mais ayant entraîné de gros dégâts en termes de chute du PIB et de perte de recettes fiscales. Tous les pays ont dû compenser les conséquences de la crise sanitaire dans la mesure du possible. Il a ajouté que le Luxembourg avait engagé près de 20 % de son PIB dans des mesures visant à soutenir l'économie, à sauver des vies, à augmenter les investissements dans la santé, à sauver des emplois, à maintenir les moyens de subsistance des populations et à aider certaines entreprises à passer le cap du confinement. Heureusement, l'adhésion à l'innovation a permis de déployer la solution, le vaccin, plus rapidement que prévu. 

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La Commission européenne a maintenant révisé ses estimations concernant la baisse du PIB du Luxembourg, désormais autour de trois pour cent, alors qu'elle escomptait un chiffre deux fois plus élevé il y a quelques mois.

“Le multilatéralisme est revenu parce que le nouveau président américain croit vraiment à la coopération internationale comme nous l'avons toujours fait au Luxembourg”

Le multilatéralisme retrouvé

 

M. Gramegna a déclaré que "le multilatéralisme est revenu". Il a précisé : "Il est revenu parce que le nouveau président américain croit vraiment à la coopération internationale, comme nous l'avons toujours fait au Luxembourg, même si nous avons traversé une période où le multilatéralisme ne se trouvait plus à la mode." Il a estimé que ce retour en force constituait une bonne nouvelle pour l'Europe dans son ensemble. Pour illustrer la manière dont le multilatéralisme pourrait permettre à l'Europe de sortir de la crise actuelle, il a mis en avant le Fonds européen pour la résilience et la relance, doté de 750 milliards d'euros. Il pense que la Commission a trouvé le bon équilibre en insistant sur le fait que le Fonds devrait bénéficier aux transformations numériques et durables de l'économie. M. Gramegna estime que le Luxembourg figure en belle place pour encourager la transition digitale. Il souligne à quel point la Luxembourg House of Financial Technologies (LHoFT) encourage les start-ups fintech et relève les mesures juridiques prises par le Grand-Duché pour favoriser les avantages du changement numérique.

 

La voie d'une croissance verte durable

 

Le Luxembourg bénéficiera également de la proposition de transition durable. L'UE a décidé de consacrer au moins 30 % du Fonds pour la relance et la résilience à des projets liés au climat ou à l'environnement. M. Gramegna déclare : "Merveilleux ! Il s’agit exactement de ce dont nous avons besoin."  Le Luxembourg a conçu un cadre de financement durable, et en conséquence du Brexit, le droit luxembourgeois sert de plus en plus pour l'émission d'obligations vertes. Par rapport au Brexit, M. Gramegna a affirmé que, bien qu'il ait été clair dès le départ que la Grande-Bretagne perdrait l'accès automatique et général au marché unique de l'UE, le Royaume-Uni n'a pas cherché à placer les services financiers au cœur des négociations. Même si cela signifie la transformation d’une autoroute en route de campagne, l'UE veut poursuivre un dialogue structuré et régulier avec le Royaume-Uni pour s'assurer que la voie étroite combine les meilleurs intérêts des deux parties.