Jean-Marie Masse (IFC) : Une norme mondiale pour l’investissement éthique

Selon Jean-Marie Masse, Chief Investment Officer à l’International Finance Corporation (IFC) de la Banque mondiale, le lancement de la certification luxembourgeoise ESG de Label R constitue une étape importante vers l’uniformisation des normes des investissements éthiques dans le secteur financier.

Comment voyez-vous l’évolution de la conformité ESG et dans quelle mesure importe-t-il d’élaborer des normes communes ?

L’acronyme ESG renvoie à « Environnement, Social et Gouvernance, » mais j’apporterais une distinction entre les facteurs environnementaux et sociaux d’une part et la gouvernance d’autre part. Les volets environnemental et social visent à définir des normes et l’application de listes d’exclusions pour sélectionner les investissements, en utilisant des critères tels que le respect de normes du travail équitables et le traitement des risques environnementaux. La gouvernance relève d’une problématique légèrement différente, plus adaptée à l’investissement en capitaux propres. Une gouvernance saine consiste à respecter les droits des actionnaires minoritaires, la responsabilité du CEO et des dirigeants d’une entreprise envers le conseil d’administration et les actionnaires. Elle implique également une publication efficace de la performance financière et commerciale des entreprises, y compris sur la stratégie, les risques et les responsabilités. La certification ESG représente un moyen efficace pour les investisseurs de meusrer les risques de leur portefeuille, et constitue un outil permettant de sélectionner les entreprises dans lesquelles investir. L'utilisation de ces critères par les investisseurs peut également permettre d’accroître le retour sur investissement.

"Label R fournit des services à des fonds de private equity s’apparentant à une externalisation des fonctions de due diligence en matière d’ESG."

 

Comment l’initiative de Label R fait-elle progresser ce processus ?

Label R évalue le respect des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance des fonds de private equity et de leur portefeuille d’investissements. Une partie de l'obligation des gestionnaires de fonds de private equity se situe dans la vérification diligente de la conformité ESG sur les sociétés dans lesquelles ils envisagent d'investir, puis de rapporter aux investisseurs sur la manière dont ils traitent la performance ESG au sein des sociétés de leur portefeuille. La start-up Label R fournit des services à des fonds de private equity s’apparentant à une externalisation de ces fonctions de due diligence par les gestionnaires des fonds. Cette approche ajoute de la valeur au secteur du private equity et permet d’uniformiser les pratiques en matière d’ESG pour tous les fonds de private equity fonctionnant avec Label R. Il s’agit d’une étape prometteuse vers l’établissement de normes applicables dans l’ensemble du secteur.

Comment les obligations vertes impacteront-elles les marchés émergents, et quel rôle joue le Luxembourg dans ce domaine ?

Les obligations vertes s’apparentent aux obligations conventionnelles, à cela près que l’émetteur de l’obligation verte fournit des informations supplémentaires aux investisseurs au moment de l’émission de l’obligation, sous la forme d’un rapport annuel d’impact. Le concept « d'utilisation définie du produit » régit les obligations vertes, et représente un ensemble d'actifs admissibles pouvant se financer ou se refinancer au moyen du produit des obligations. Ces actifs demeurent principalement sélectionnés pour leur impact sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et comprennent notamment les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique, y compris les bâtiments écologiques, et les moyens de transport à faible émission de carbone tels les bus, les voitures, les taxis, les scooters et les systèmes de transport public électriques. Le Luxembourg joue un rôle important dans ce développement à travers le Luxembourg Green Exchange, leader mondial de la cotation d'obligations vertes avec une part de marché supérieure à 50 %. Les actions du plus grand fonds mondial d'obligations vertes, Amundi Planet - Emerging Green One - lancé en février 2018 avec 1,42 milliard de dollars d'actifs sous gestion initiale - figurent parmi les nombreux instruments d'investissement verts cotés à la Bourse de Luxembourg. Les marchés émergents demeurent en général confrontés aux défis de la croissance économique, de la croissance démographique et de l'urbanisation croissante, nécessitant des investissements massifs en capital. Les obligations vertes rassemblent les émetteurs et les investisseurs et permettent aux premiers de diversifier leur base d'investisseurs, tout en signalant au marché leur volonté de se concentrer sur les opportunités offertes par une économie verte en croissance. Les obligations vertes et les obligations non vertes supportent les risques de l'émetteur et restent présentes sur le marché à un prix similaire. Ainsi, les investisseurs en obligations vertes reçoivent une rémunération similaire à celle des investisseurs en obligations non vertes émises par le même émetteur, tous les autres critères étant égaux. L’ International Finance Corporation (IFC) investit dans les marchés émergents du monde entier et compte parmi les dix plus grands émetteurs d'obligations vertes au monde. Notre stratégie consiste à encourager l’expansion des obligations vertes en qualité de catégorie d’actifs en aidant les nouveaux émetteurs dans un pays ou une région. Le marché affiche sa prime jeunesse et nous pensons qu’il dispose d’un solide potentiel de croissance.