Jan-Stig Rasmussen (administrateur indépendant) : Les responsabilités de l’administrateur indépendant à l'ère du numérique 

Jan-Stig Rasmussen constate que le travail d'un administrateur indépendant dans l'industrie des fonds devient de plus en plus professionnel. Les responsabilités accrues, de la lutte contre le blanchiment d'argent et du SFDR à la supervision de la stratégie numérique, signifient que les mandats des conseils d'administration ne doivent pas se répartir à la légère. 

Que pensez-vous des changements apportés par la numérisation ? 

 

J’en éprouve beaucoup d’enthousiasme, pour deux raisons principales. D’abord, un esprit d'entreprise m’habite ; j'aime la nouveauté. Ensuite, j'ai déjà pu constater de visu à quel point la numérisation peut transformer le secteur financier.

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Lorsque je suis arrivé au Luxembourg en 1987, nous ne possédions pas d'ordinateurs. Le télex existait encore, puis vint le fax, mais l'essentiel du travail se faisait par téléphone. Tous les clients figuraient sur des microfiches. L'introduction des ordinateurs en 1988 nous a permis d'utiliser une base de données de contacts et d'envoyer des lettres d'information personnalisées. Nous avons commencé à organiser des séminaires dans le monde entier. Nous avons publié la première page d'accueil pour les fonds, les transformant en marchandise classique ! Nous vivions une révolution. Aujourd’hui, nous assistons à un saut de géant similaire. La distribution des fonds va bientôt changer radicalement : les règles de la MiFID rendent difficile pour les petites entreprises de commercialiser leurs produits à l'échelle internationale. Je pense que la prochaine grande tendance consistera à approcher les investisseurs directement et numériquement. Dans le passé, construire un réseau de distribution impliquait d’imprimer de la documentation et de beaucoup voyager. Aujourd'hui, internet facilite toutes les mises en valeur. Vous pouvez créer un site web attrayant, faire de la publicité avec Google et utiliser des outils solides tels que LinkedIn. La traduction automatisée rend le tout encore plus puissant, et moins coûteux. 

“Vous ne pouvez vraiment vous dire indépendant que si vous pouvez vous permettre de refuser des mandats”

Avec quels autres changements devez-vous compter actuellement ? 

 

Pour les administrateurs indépendants comme moi, les changements réglementaires font peser une lourde responsabilité sur les conseils d'administration. La circulaire 18/698 de la CSSF et les dispositions ultérieures ont placé les CA des sociétés de gestion dans la ligne de mire. L'autorité de régulation a commencé à infliger des amendes, à désigner des entreprises et des individus. Le rôle d'administrateur a ainsi pris une autre dimension. Apposer son tampon ne suffit plus... Le blanchiment d'argent représente une lourde responsabilité, tout comme le SFDR. Les conseils d'administration doivent s'assurer que nous respectons énormément d’exigences. Pour cette raison, les administrateurs indépendants comme moi doivent se montrer très prudents lorsqu'ils acceptent un mandat. Par exemple, je refuserais de siéger au conseil d'administration d'un fonds autogéré, où un organe restreint doit faire face aux mêmes exigences qu'une société de gestion. Une petite taille ne constitue pas un handicap, pourvu qu’on puisse opérer avec tout le sérieux requis. Or, trop de choses font défaut dans de telles structures. Les administrateurs indépendants ayant vraiment besoin de mandats figurent parmi les plus menacés, car leur jugement peut se trouver affecté. Vous ne pouvez réellement vous dire indépendant que si vous pouvez vous permettre de refuser des postes. 

 

Comment voyez-vous l'évolution du rôle des administrateurs indépendants ? 

 

De nos jours, les administrateurs indépendants ne peuvent pas se mettre en retrait. Ils peuvent rester silencieux, mais ils doivent comprendre les tenants et les aboutissants des choses, car leur responsabilité en dépend. Lorsque j'ai commencé il y a quelques années, j’ai vécu au rythme de cinq déjeuners par semaine pendant un an. Ceci, combiné à une solide formation dispensée par l'ILA, des cabinets d'avocats, les Big Four et l'Insead, m'a permis de suivre toute la réglementation tout en développant mon réseau. Rester à l'écoute des tendances et de l'évolution du monde s’impose vraiment pour pouvoir s'adapter. Notre secteur entre dans une phase ultra-professionnelle. L'époque où les postes d'administrateurs indépendants tenaient lieu de préretraite a pris fin.