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Léon Gloden (Ministre des Affaires Intérieures) : Répondre à l’urgence, réformer pour demain

Léon Gloden, ministre des Affaires intérieures, détaille sa stratégie face aux défis de sécurité, migration, et digitalisation des communes au Luxembourg. Il évoque l’importance d’une coordination efficace et humaine pour transformer durablement les politiques publiques.

Êtes-vous membre du groupe qui rassemble 871 habitants du quartier de la Gare ?

Je ne suis pas membre de ce groupe, mais je reçois régulièrement des messages qui sont circulés, et je reçois aussi en parallèle des gens du quartier de la Gare ainsi que d'autres personnes qui veulent me parler de la situation d'insécurité. Nous essayons donc de trouver ensemble une solution.

Est-ce que vous pouvez redéfinir le périmètre de vos responsabilités ?

Oui, en tant que ministre des Affaires intérieures, je suis en charge des communes.
Et en étant en charge des communes, mon ministère est l’autorité de tutelle des communes. J’ai la charge de tout ce qui touche aux PAG, PAP, autorisations de construire etc. Donc, ma mission, surtout dans ce contexte, est la simplification administrative des procédures en ce qui concerne les communes. Je suis également en charge de l‘immigration et des demandeurs d’asile. Là aussi, nous mettons en place une politique d'asile responsable, basée sur l'application des règles votées par la Chambre des Députés. Par ailleurs, j’ai la charge de la Police, de la sécurité intérieure, le sujet principal de notre interview. Enfin, je suis également en charge, ensemble avec le ministre des Affaires économiques et le Premier ministre, du service de renseignement.

 

Vous vous identifiez comme responsable de la Police, mais on a l'impression que vous avez quand-même énormément de travail. En fait, vous êtes en train de gérer la crise de l'immobilier en même temps. Et vous êtes pratiquement en train d’effectuer le travail des Affaires étrangères.
Tous les jours, nous travaillons dans nos quatre domaines non-stop. Par exemple, à 8h, on traite un sujet sur l'immigration. À 8h15, un problème des communes … Donc c'est très polyvalent et ça fait aussi l'attractivité de notre ministère. En réalité, la charge de travail à laquelle mon ministère doit faire face est celle de deux ou trois ministères réunis.

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©SIP/ Claude Piscitelli

"Ma priorité, vraiment, ce sont les quatre P. Plus de personnel, ça veut dire plus de présence sur le terrain, ça veut dire plus de proximité et plus de prévention."

N’aurions-nous pas là le problème classique d'un Luxembourg qui a énormément évolué en 20-25 ans et qui finalement fonctionne encore avec les outils d'il y a 20 ans ? Est-ce que vous n'auriez pas besoin d'embaucher 10 personnes en plus pour avoir chaque mission parfaitement sous contrôle ?

Il faut trouver un équilibre entre d'une part la main d'œuvre, si je peux utiliser le terme, et aussi la digitalisation. Et cela constitue vraiment un défi majeur pour mon ministère dans les différents domaines, parce que ces domaines touchent directement les personnes sur le terrain. Les décisions prises sont des décisions très souvent individuelles, au cas par cas. Mais il faut d’autre part trouver le mode de digitalisation adéquat qui permet de faciliter et d'accélérer les procédures.

 

A-t-on suffisamment de moyens à la Justice et dans la Police ?
C'est une de mes priorités. Quand je suis arrivé au gouvernement, la position était très claire : il faut augmenter le recrutement de la Police. En 2024, nous étions à 3 111 policiers et civils. Le corps de Police a pas mal de cadres civils. C’est important. C'est un atout de l'attractivité de la Police parce qu’elle a besoin de collaborateurs qui préparent les dossiers pour les policiers, qui mènent les enquêtes en ce qui concerne les grands dossiers criminels. En fait, nous avons besoin d’experts en matière de finances et de comptabilité pour éplucher les documents comptables, pour éplucher toutes les données financières. Au 1er janvier 2025, nous étions à 3.241 policiers, civils compris, et aujourd'hui, avec les stagiaires, on est à quelque 3.400. Donc, il y a une augmentation constante et le but est de recruter chaque année 200 policiers. Il faut aussi augmenter le recrutement auprès du Service de Police judiciaire. Les agents de la Police judiciaire, vous ne les voyez pas sur le terrain, ils – ou elles – n'ont pas d'uniforme, mais ils sont en mission d’observation, notamment en matière de criminalité liée à la drogue.

 

Autour de 2018, on était passé sur un mode très répressif et on a vu que ça n'a pas très bien marché. Donc, je pense qu'aujourd'hui, vous essayez d'aller vers un mode qui soit aussi un peu plus préventif. Ça passe par quelles mesures ?
Ma priorité, vraiment, ce sont les quatre P:  Plus de personnel, ça veut dire plus de présence sur le terrain, ça veut dire plus de proximité et plus de prévention. Je mets l'action sur le travail de prévention et c'était ce volet qui a été oublié dans la loi de 2018.

 

Très bien, est-ce qu'on va mettre à jour cette loi ?
Nous y travaillons. Cette notion de proximité et de prévention sera renforcée dans la loi, et l'unité de Police locale sera également introduite dans la loi de 2018.

 

J’habite à Bonnevoie et je fais des détours pour éviter les vendeurs de drogues. Est-ce qu'une solution, ce ne serait pas de punir l'acheteur à la place du vendeur ?

Tout d'abord, je veux dire que je comprends tout à fait le souci de la population du quartier de la Gare, mais aussi de ceux vivant dans d’autres villes. Ettelbruck, par exemple, a affaire à une situation comparable. Là, au commissariat de Police, on est passé de deux à trois roulements pour augmenter la présence policière.  Pour ce qui est du quartier de la Gare, la problématique est très complexe. D'une part, et je comprends les citoyens, ils attendent que la Police règle tout. Mais la Police n'est pas un acteur social, la Police n'est pas un médecin, la Police n'est pas un infirmier. La Police est là pour garantir l'ordre, la sécurité et la tranquillité publics. C'est ça la mission de la Police, tant au niveau national qu'au niveau local. C’est pourquoi j'ai décidé, ensemble avec le Premier ministre, de mettre autour de la table tous les acteurs qui sont concernés, parce que la problématique est très complexe. Il faut des acteurs sociaux sur le terrain, bien sûr, parce que les drogués, très souvent, ce sont des gens malades. Ce sont donc des personnes qui ont un problème, fréquemment directement lié à leur situation. De ce fait, nous avons présenté notre plan d’action, dénommé «  Drogendësch 2.0 », le 8 mai et le 26 juin, à un groupe d’habitants et de commerçants du quartier Gare/Hollerich pour expliquer les mesures prévues ainsi que, plus spécifiquement, celles qui ont déjà été mises en place depuis la première réunion. Donc, il y a cette concertation, cruciale, entre le ministère de la Famille, des Solidarités, du Vivre ensemble et de l’Accueil, le ministère de la Santé et de la Sécurité sociale, le ministère de la Justice, le mien et la Ville de Luxembourg. C'est ça, la grande nouveauté. Parce qu'auparavant, chacun essayait de faire de son mieux dans son coin, mais il n'y avait pas de coordination, il n'y avait pas de concertation. Et c'est pour cette raison que nous avons décidé de mettre en place ce groupe, ensemble aussi avec le délégué auprès du gouvernement pour les drogues, qui connaît bien la problématique liée à la drogue. En effet, nous augmentons les moyens de la Police, le recrutement. Depuis le 12 mai dernier, le commissariat de Police situé Rue Glesener est ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. En outre, nous sommes en train de trouver de nouveaux locaux pour la Police dans le quartier de Bonnevoie ainsi que dans le quartier de ala Gare. La Justice a changé son mode de recrutement. Le nouveau procureur général d'État a dit que la Justice doit être ferme sur la problématique de la criminalité. Les lois sont là, il faut les appliquer. C'est le rôle de la Justice, ce n'est pas le rôle de la Police. Il faut également développer et améliorer les infrastructures d'accueil social pour aider les toxicomanes, pour prendre soin d’eux et pour leur donner l’espoir de trouver une issue à leur vie actuelle.

Si vous allez sur le site du NYPD, vous aurez les statistiques de tous les commissariats chaque mois. Est-ce que finalement ça ne serait pas un bon début que chaque commissariat du Luxembourg publie tous les mois les petits crimes, les grands crimes ? Est-ce que là, on ne doit pas simplement changer de culture et aller plus dans un suivi mensuel chiffré ?
C’est une bonne idée. Nous sommes actuellement en train d’en discuter avec la Police. Ce n'est pas la priorité de la Police de publier des statistiques. La priorité de la Police est de combattre la criminalité et d'être présente sur le terrain. Nous sommes cependant en train d’analyser comment la communication peut encore être améliorée. Je vous donne un exemple concret. Tous les jours, la Police publie des bulletins de presse sur les infractions commises. On a parfois aussi l'impression qu'étant donné qu'il y a une communication quotidienne, les gens ne s’en rendent plus compte. Mais depuis quelques mois, la Police publie aussi, je dirais, les succès. On dit qu’il y a eu trois cambriolages dans la ville de Luxembourg et qu’on a arrêté deux voleurs. Je crois que cela est très important. Ainsi, les efforts de la Police sont clairement montrés. Les citoyens veulent voir les résultats du travail de la Police.

 

Est-ce qu’un reporting global, de la police à Abrigado, ne permettrait pas de mieux comprendre l’impact de chaque acteur ?

Nous avons amélioré la communication avec les communes. Et là, je parle de mon expérience d'ancien bourgmestre de la ville de Grevenmacher, durant laquelle j'ai remarqué que souvent je lisais dans la presse qu'il y avait eu un accident ou un cambriolage dans ma commune alors que je n'en étais pas informé par la Police. Et lorsque je suis devenu ministre, j’ai immédiatement dit qu'il fallait améliorer la communication. Il ne faut pas toujours une réunion physique, mais il faut mettre en place une information régulière au bourgmestre, au collège échevinal, à la commune D'ailleurs, premièrement, le bourgmestre est responsable de l'ordre public local.
Çette disposition remonte aux anciens décrets de 1789-91. Nous allons les insérer dans une loi moderne. Mais chacun d’entre eux, chaque bourgmestre est un acteur principal, un partenaire pour la Police parce qu'ils connaissent leur commune, leur terrain. Et ainsi, nous essayons également d'améliorer la coopération entre les agents municipaux et la Police.

 

Pour conclure, quelles sont vos 3 priorités ?

Pour la sécurité intérieure, c’est vraiment la continuation de l'amélioration de la sécurité et du sentiment de sécurité. Pour la sécurité civile, dans tout ce qui touche aux sapeurs-pompiers, c'est la résilience. Il faut être préparé au mieux à une crise éventuelle. Nous ne pouvons pas éviter les catastrophes naturelles, mais nous avons tiré les leçons des grandes inondations de 2021. Donc, le mot d’ordre, c’est la résilience, être préparé au mieux au cas où cela arrive. Au niveau de l'immigration, une politique responsable,  avec le cœur, basée sur l'application des lois. Et au niveau des communes, le mot d’ordre, c’est la simplification des procédures ainsi que la digitalisation.

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