Loïk Le Floch-Prigent : De l’importance d’une indépendance énergétique européenne

Selon Loïk Le Floch-Prigent, industriel, « Les difficultés d’approvisionnement en gaz de l’Allemagne se répercuteront sur toute l’Europe qui dépendra industriellement du pays ». Interview sur les alternatives énergétiques au gaz russe. 

 

L’Europe peut-elle se passer du gaz russe ? 

L’Europe ne pourra pas s’en passer avant plusieurs années. Le principe d’indépendance énergétique présuppose de disposer abondamment d’énergie en provenance de sources et de pays diversifiés. Ces 40 dernières années, l’Europe a fait l’erreur stratégique de mettre ce principe de côté. L’Allemagne nous en offre un exemple flagrant; le pays ne dispose en effet pas de terminal de gazéification lui permettant de s’approvisionner en gaz naturel liquéfié par méthanier et dépend ainsi à 60% du gazoduc la reliant à la Russie. De la même manière, les pays du littoral n’ont pas pris la précaution de construire ce type de terminaux. Quatre ans leur seront nécessaire pour se doter de ces infrastructures si bien qu’à l’échelle européenne, nous dépendrons pendant cette période à 40% du gaz russe. Seule la France dispose de trois terminaux gaziers et d’une solide infrastructure de stockage lui permettant d’importer du gaz liquéfié de plusieurs pays. Ses centrales nucléaires lui permettront également d’assurer son autonomie, mais pas celle de toute l’Europe. 

 

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« L’Allemagne ne dispose pas de terminal de gazéification lui permettant de s’approvisionner en gaz naturel liquéfié par méthanier », Loïk Le Floch-Prigent

Quelles sont les alternatives énergétiques envisageables ? 

Une solution pour l’Allemagne consisterait à se tourner davantage vers le charbon – bien qu’il provienne également essentiellement de Russie. Le pays a également diminué le nombre de ses raffineries pour des questions environnementales, ce qui le rend dépendant des pays producteurs étrangers. Pendant 30 à 40 ans, sa politique anti-nucléaire l’a poussé à miser sur l’éolien – qui ne fonctionne qu’à 25% de sa puissance nominale et nécessite l’action d’une centrale au gaz, au fuel ou au charbon pour être utilisée. Les difficultés d’approvisionnement de l’Allemagne se répercuteront toutefois sur toute l’Europe qui dépendra industriellement du pays. 

 

 

Comment imaginez-vous la carte énergétique européenne dans 5 ans ? 

Si, comme la Belgique, l’Allemagne ne revient pas sur sa position sur le nucléaire, nous serons toujours en difficulté dans 5 ans. Elle devrait en effet réhabiliter ses 3 centrales nucléaires au risque de devoir rouvrir massivement de nouvelles centrales à charbon et de varier son approvisionnement dans ce combustible. Une solution fort peu écologique.