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Nicoletta Centofanti (LSFI) : La plateforme ESG du Luxembourg 

La sensibilisation et la promotion, le déblocage du potentiel et la mesure des progrès constituent les trois grands piliers de la Luxembourg Sustainable Finance Initiative. Nicoletta Centofanti, Conseillère en développement durable, détaille la finalité de l'initiative. Interview.  

 

L'Initiative luxembourgeoise pour la finance durable a vu le jour récemment. Pourriez-vous tout d'abord nous expliquer votre mission ?  

 

La Luxembourg Sustainable Finance Initiative (LSFI), un partenariat public-privé, a été fondée pour concevoir et mettre en œuvre la stratégie de financement durable pour la place de Luxembourg. Nous avons reçu pour mission de sensibiliser, d’encourager et d'aider à développer des initiatives de finance durable au Luxembourg. En parallèle, nous nous efforçons de promouvoir le rôle du Luxembourg en tant que pôle international dans ce domaine. Le Grand-Duché profite ainsi d'un organe charnière servant à trouver des synergies et à tirer parti de l'expertise des différents acteurs de l’écosystème. L'intérêt crucial de ce dispositif pour le pays se mesure mieux en considérant l'évolution mondiale vers la finance durable et l'agenda réglementaire ambitieux de l’Union européenne. À cet égard, nous visons également à faire office d’entité de coordination et de point de contact central pour tous les acteurs de la finance durable. 

“Les données vous permettent de comprendre où vous investissez, comment vous contribuez à l'objectif visé. Elles tiennent un rôle fondamental pour suivre les progrès.” 

Comment définiriez-vous la finance durable, au cœur de vos préoccupations, et pourquoi importe-t-il d'accroître la durabilité ?  

 

Comprendre l’essence de la finance durable et comment les intervenants peuvent soutenir une transition plus durable de l'économie fait partie des questions qu’on nous adresse fréquemment. Si nous nous concentrons sur la théorie, la finance durable se définit comme « des services financiers utilisés pour financer la mutation de l'économie vers un avenir plus durable et équitable ». Dans la pratique, les bailleurs peuvent contribuer à la protection de notre planète, jouer un rôle dans la création d'un modèle socialement responsable et participer à une gouvernance équitable des institutions publiques et privées. Par exemple, par leurs décisions d'investissement, ils peuvent aider à réduire les émissions de CO2, à promouvoir les normes de travail et la diversité, et à renforcer les structures et compositions équitables et variées des conseils d'administration. 

 

La nécessité d'une durabilité accrue découle des questions environnementales, sociétales et de gouvernance à prendre en main de toute urgence. Pour résoudre ces problèmes, les institutions financières doivent s'engager dans cette voie : la durabilité et la finance durable doivent devenir le nouveau paradigme.  

Quels défis principaux avez-vous identifiés jusqu'à présent au Luxembourg et au sein des institutions finales ? 

 

La finance durable se développe rapidement. En conséquence, les établissements financiers se trouvent face à un certain nombre de défis. Une partie de notre rôle consiste à les aider à s'orienter et à affronter ces obstacles. L’évolution rapide du paysage légal constitue l’un de ces défis. Je peux citer en exemples le règlement sur la divulgation des informations relatives à la finance durable (SFDR) ou la taxonomie de l'UE. A ces normes inédites, le secteur doit bien s'adapter. En particulier, ces nouvelles exigences prévoient un changement substantiel de mentalité et de connaissances. Cette orientation, peu courante pour les acteurs financiers, demande toujours du temps et du savoir-faire. Dans le même ordre d'idées, la sensibilisation à la finance durable et, en particulier, à la durabilité, doivent s’accroître. Cela signifie comprendre la tendance actuelle, mais aussi savoir comment l'appliquer dans le cadre du processus de décision financière. L’investisseur se demandera, par exemple, quels différents types de stratégies de placement il peut intégrer dans son portefeuille, et quels paramètres essentiels et indicateurs de performance il devrait examiner et utiliser dans ses rapports. Nous pouvons en outre mentionner l'importance de la collecte de données fiables, de qualité. Comprendre comment jauger les données pertinentes, comment les analyser efficacement et lesquelles inclure dans des rapports significatifs constitue un sujet à développer encore. Enfin, et en lien étroit avec les données et le manque de mesures, nous pouvons également faire référence aux mythes existants associés à la finance durable, tels que les rendements inférieurs ou les exigences du marché. L'incertitude et le manque de renseignements historiques en possession de certains acteurs peuvent constituer un défi et un obstacle à la transition. 

 

Vous avez mentionné les données. Pourquoi prennent-elles tant d’importance, et comment les utiliser pour accroître la durabilité ? 

 

La disponibilité des informations, mais surtout la compréhension de la manière de mesurer, d'analyser et de communiquer les données considérées comme pertinentes pour une stratégie d'investissement vertueuse occupent un rôle primordial dans la transition vers un avenir plus équitable et durable. Les données vous permettent de comprendre où vous investissez, comment vous contribuez à l'objectif. Elles tiennent un rôle fondamental pour suivre les progrès. Si nous voulons investir de façon durable, nous devons d'abord examiner nos portefeuilles en utilisant des données significatives et fiables pour comprendre l’état de nos investissements. Cela devrait nous permettre d'assurer la transition et de suivre ensuite, au fil des ans, les progrès réalisés grâce à nos décisions d'investissement. La technologie jouera un rôle clé pour aider à résoudre ce défi. 

 

En quoi consistent vos engagements et à quoi tiendra la réussite ?  

 

Le plan d'action de l'Initiative luxembourgeoise pour la finance durable s'articule autour de trois piliers fondamentaux : sensibilisation et promotion, libération du potentiel et mesure des progrès. Chacun de ces piliers comprend des démarches et des objectifs concrets à court, moyen et long terme, tels que décrits dans la Stratégie luxembourgeoise pour la finance durable. À cet égard, nous nous sommes engagés à devenir un centre d'information important et facilement accessible sur la finance durable. Nous assurerons la promotion des initiatives publiques et privées existantes et à venir dans ce domaine. Nous nous sommes également fixé pour objectif de soutenir le secteur financier luxembourgeois en créant une plateforme de partage de connaissances et d'expériences, en fournissant des boîtes à outils, des exemples vécus et des lignes directrices. Enfin, nous gardons pour ambition d'aider le secteur financier luxembourgeois à mesurer et à suivre les progrès réalisés.  

 

Nous nous engageons à développer ces objectifs et à aider les différents acteurs à naviguer dans cet environnement et à intégrer la durabilité. Atteindre ces buts constituerait un succès pour nous, mais surtout pour la finance durable et notre planète dans son ensemble.