Marc Lauer (président de l’ACA): le secteur des assurances définit ses priorités

Selon Marc Lauer, président de l’ACA, la réglementation, la RSE et la digitalisation constituent les défis principaux auxquels le secteur des assurances et de la réassurance devront faire face en 2022. Après une année en progression générale, le secteur doit maintenir ses efforts pour rester compétitif sur la scène internationale. Interview.

Quelles sont les priorités actuelles de l’ACA ?

J’en identifie quatre : tout d’abord, notre secteur fait actuellement face à un défi réglementaire. La mise à jour de Solvabilité II, introduite il a dix ans, a complexifié le calcul des exigences de solvabilité. Nous suivons également de près les réflexions au sujet de nouvelles barrières envisagées pour limiter la libre prestation de services. La possibilité d’un renforcement des pouvoirs de l’autorité d’accueil dès 5% de services prestés à l’étranger rendrait nos activités plus complexes encore. Notre deuxième priorité vise à accompagner le secteur dans la mise en place de stratégies RSE. Notre but est d’observer un véritable impact RSE dans les actions et les services prestés par le secteur. Nous devons donc veiller à formuler clairement nos objectifs en la matière afin d’agir en conformité avec la réglementation et les intentions politiques.

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Troisième priorité, l’impossibilité pour les assurances de sous-traiter leur service cloud à l’étranger (en raison des disposition actuelles du secret des assurances) constitue un obstacle à la digitalisation de notre secteur et à sa compétitivité sur la scène internationale. Bien sûr, nous veillerons toujours à protéger les données de nos clients conformément à la réglementation GDPR, mais les dispositions de l’article 300 sur le secret des assurances sont à ce point exigeantes en ce qui concerne la collecte du consentement des clients qu’elles sont impossibles à tenir dans la pratique. Enfin, notre dernier défi se concentre sur une vigilance accrue en matière de lutte anti-blanchiment et anti-terrorisme. La visite du GAFI est toujours attendue au Luxembourg et nous visons le sans-faute !

« La visite du GAFI est toujours attendue au Luxembourg et nous visons le sans-faute! »

Comment évolue le secteur de l’assurance au Luxembourg ?


Malgré les difficultés réglementaires, le secteur connait en général un bon développement au Luxembourg, car l’environnement ici se révèle plus orienté business qu’ailleurs. Ceci est notamment dû à un écosystème performant, composé entre autres du secteur bancaire, à un solide ensemble IT/Fintech et à une réglementation conforme à toutes les exigences européennes appliquée par une autorité de contrôle dédiée au secteur. 2021 a été une très bonne année. L’assurance vie a atteint le même niveau qu’en 2019, ce qui nous promet une progression de plus de 40% par rapport à 2020. En matière d’assurance non-vie, notre activité a connu une progression de 10%, notamment avec l’arrivée de nouveaux acteurs suite au Brexit.

Quels risques et opportunités identifiez-vous à moyen terme ?

 

La lourdeur des réglementations constitue le premier risque de mise en difficulté des petites entreprises, nombreuses au Luxembourg, pour qui la charge sera plus difficile à assumer. Par ailleurs, la crise climatique implique de faire évoluer les modèles d’évaluation des catastrophes naturelles, et nous devons éventuellement réfléchir à des modèles de financement public-privé, comme observé à l’étranger. Enfin, nous avons besoin de trouver les bons talents pour nous accompagner dans ces défis. En termes d’opportunités, la digitalisation offre de nouveaux moyens de communiquer avec les clients et de collaborer avec nos partenaires, mais elle produit également un impact positif sur la production et le traitement des données qui nous permettent de mieux connaître les attentes de nos clients. Nous devons saisir cette opportunité pour éviter qu’elle ne se transforme en risque.