Maurice Lam :

LE COMITE D’AUDIT DANS UN ENVIRONNEMENT QUI CHANGE

SON PARCOURS EN DIT LONG SUR SON EXPERTISE, MAURICE LAM DÉTAILLE POUR L’IRE LES ENJEUX ET LES RÔLES DES COMITÉS D’AUDIT. INTERVIEW.

QUEL EST VOTRE PARCOURS EN QUELQUES MOTS ?

Les études qui m’ont menées au diplôme d’auditeur ont été faites en Angleterre. Je pratiquais plutôt l’audit pour des sociétés industrielles. En 1985, j’ai intégré Deloitte au Luxembourg jusqu’en 2010, dont 10 années en tant que Managing Partner. Mon parcours se concentre principalement sur l’audit dans le secteur financier. Depuis 2010, j’agis en tant que conseiller pour plusieurs entreprises. Aujourd’hui, je fais partie du conseil d’administration de trois banques, dont deux du même groupe, et préside aussi leurs Comités d’audit. Le Comité d’audit reste une émanation du conseil d’administration qui lui délègue la supervision de l’intégrité et l’efficacité des mesures de contrôle interne et la gestion des risques avec une attention spéciale au reporting financier.

« Plus que d’avoir les bonnes réponses, l’auditeur doit se poser les bonnes questions. »
Maurice Lam, Lam & Partners

QUELS SONT LES RÔLES ET LES RESPONSABILITÉS DES COMITÉS D’AUDIT ?

Les sociétés font face à des risques sur plusieurs niveaux : les affaires, les réglementations, le financier et l’opérationnel. Tel que je le vis, le rôle du comité d’audit est d’avoir un regard sur ces sources de risques et s’assurer qu’ils sont anticipés et adressés. Le défi reste de savoir où le rôle du comité s’arrête. L’approche des comités doit devenir plus structurée par le biais d’une meilleure sélection des membres du comité et d’un bon mode de fonctionnement. Faire parti d’un comité d’audit prend du temps, cela ne se résume pas à quatre réunions par an, les membres doivent travailler en amont et en aval. Le défi pour un comité d’audit est aussi d’avoir un droit de regard sur la qualité des ressources humaines. Nous étions à l’époque persuadés qu’un jeune diplômé qui sortait de l’université avait les compétences et cela suffisait. Aujourd’hui, les valeurs telles que l’intégrité et l’honnêteté comptent plus que jamais. Le plus grand défi des institutions face aux clients est aussi de rester équilibré, c’est à dire de trouver un juste équilibre entre le volet affaires, le développement et la gestion des risques. La récente crise, qui dure si longtemps, nous pousse à voir les choses sous un nouvel angle.

QUELS SONT AUJOURD’HUI LES ENJEUX POUR LES COMITÉS D’AUDIT ?

Je vois trois volets : d’une part, le monde des affaires se complexifie que nous le voulions ou non. Les réglementations deviennent également plus compliquées et nombreuses suite aux différents types de crises que nous avons traversés. Le comité doit permettre au conseil d’administration d’y voir plus clair dans les différents domaines et sources de risques cités plus tôt. Deuxièmement, aujourd’hui le comité d’audit s’implique plus dans les relations avec l’auditeur externe car il doit participer à sa sélection et s’assurer de son indépendance et de sa rémunération. Le challenge est de faire en sorte que le comité d’audit et le réviseur externe puissent mieux travailler ensemble, tout en préservant chacun son rôle et son indépendance. Au-delà de tout ça, le comité doit pouvoir se remettre en question quand c’est nécessaire. Finalement, pour moi, le plus grand défi dans notre environnement complexe et changeant reste la répartition claire et sans ambiguïté des rôles, tâches et responsabilités de chaque intervenant important dans la dynamique : le régulateur, le management, le conseil d’administration, les différents comités, le réviseur externe, les consultants et autres intervenants. Chacun doit pouvoir assumer ses responsabilités sans se renvoyer la balle.