Nasir Zubairi (LHoFT) : Le rôle du Luxembourg au cœur de l’innovation de la FinTech

Nasir Zubairi, CEO de la Luxembourg House of Financial Technology – LHoFT - nous explique que les innovations FinTech vont être grandement stimulées par la compétition entre les géants digitaux Américains et Chinois. C’est dans ce contexte que le Luxembourg peut attirer les entrepreneurs et les startups les plus brillants.

Douze mois après votre arrivée, quel est votre programme ?

 

L’inauguration de nos nouveaux bureaux au Dôme est prévue pour Mars 2018, mais ma priorité reste de mettre en exergue et en évidence toute l’énergie des startups FinTech. Heureusement, l’industrie financière a aujourd’hui compris l’importance de la FinTech et saisit son impact sur l’économie Luxembourgeoise. Des initiatives comme Funds DLT ou Infrachain dans le secteur de la blockchain démontrent à quel point le Luxembourg peut transformer les idées en innovation écosystème, en faisant appel à un écosystème d’experts inégalés. Alors que de nombreux développements intéressants apparaissent, le Grand-Duché étend la portée et la profondeur de son réseau international, notamment en Asie et sur la côte Ouest Américaine. En 2018, nous nous concentrerons, entre autres choses, sur des projets éducationnels apportant de la valeur aux institutions traditionnelles tout comme aux start-ups, les aidant à développer leur capacité d’innovation et de partenariats.

« Luxembourg possède tous
les ingrédients pour devenir un centre FinTech international de premier ordre. »​

 

Quel impact identifiez-vous pour les nouveaux acteurs de la filière FinTech ?

 

Le plus grand challenge et possible opportunité pour les services financiers et son écosystème se situe certainement dans les sociétés dites « GAFA » : Google, Amazon, Facebook et Apple. Les sociétés comme Amazon disposent d’une réelle fidélité client, représentant environ 25% de son chiffre de e-commerce. Je vois un impact potentiel encore plus grand pour les acteurs Chinois, qui ne sont pas entravés par leur héritage, et qui ont donc moins de contraintes dans leur capacité à innover. La côte Ouest Américaine et l’Asie continueront de jouer à saute-mouton. Souvenez-vous, dans les années 1990, lorsque les Européens disposaient déjà de téléphones mobiles compacts de marque Ericsson et Nokia, les Américains possédaient encore des mobiles de la taille d’une brique. Le fossé existait car le marché américain s’appuyait sur son histoire dans la téléphonie mobile, et donc mutait plus lentement face aux innovations et à la miniaturisation. Deux décennies plus tard, tous les usagers à travers le monde utilisent la même technologie. Nous attendons la même dynamique au sein de la FinTech : Alibaba et WeChat stimuleront les colosses incarnés par les GAFA, et inversement.

Quelles tendances voyez-vous émerger dans ce secteur ?

De significatifs développements prennent d’ores et déjà forme. Au Luxembourg, l’acquisition de Digicash par Payconiq permettra à cette technologie “Made in Luxembourg” de capter un marché nettement plus large. Ailleurs, BNP Paribas a fait l’acquisition de la “Financière des Paiements Electroniques” pour un montant estimé à 200 millions d’euros. Cette société a créé le Compte-Nickel, qui permet d’ouvrir un compte bancaire et d’obtenir une carte de crédit auprès d’un vendeur de tabac français, en s’enregistrant simplement grâce à un numéro de téléphone mobile et une carte d’identité. Toutes les fonctions d’une banque ne sont pas proposées, mais un Compte-Nickel s’ouvre toutes les trente secondes : les gens trouvent ce qu’ils cherchent auprès de banques non-bancaires. Le Luxembourg, comme l’a récemment précisé M. le Ministre Pierre Gramegna, est une nation triple-A pour les start-ups car le pays a la capacité à se positionner à la pointe des technologies de la FinTech, et attire ainsi de brillants entrepreneurs. Le pays concentre tous les ingrédients pour devenir un centre FinTech de niveau international. La culture évolue vite et le Luxembourg possède cette capacité d’agilité lui permettant de se transformer plus rapidement que les autres.