Troisième Paris Fintech Forum : Money Time !

La croissance du Paris Fintech Forum ces trois dernières années illustre bien l'essor de la scène Fintech. Une importante délégation luxembourgeoise profitait de sa présence pour promouvoir ses capacités en matière de blockchain et de monnaie numérique, dans l'espoir d'attirer davantage d'entrepreneurs et de clients. Un reportage de Jérôme Bloch à Paris.

L’expérience

Construit au début du XIXe siècle, le Palais Brongniart doit son nom à l'architecte responsable de sa conception. Lorsque nous pénétrons sous les voûtes du Paris Fintech Forum, le haut plafond doré évoque inévitablement Versailles et une tradition centenaire de la finance. Mais les temps changent ! Le prestigieux bâtiment abrite désormais un lieu d'événement, tandis que les transactions s’effectuent par ordinateur. Dans l'intervalle, le Luxembourg - dont la création de la Bourse remonte à 1928 - investit massivement dans la sphère Fintech, et participe à l'événement à Paris avec pour objectif de se faire connaître comme acteur de premier plan dans ce secteur. Sur scène, les CEO de multinationales telles qu’Orange Bank - créée par une société de télécoms - et de start-ups partagent leurs points de vue en réseautant, tandis que des séances de pitching se déroulent un peu partout au fil des deux journées que dure l'événement. Nous ne pouvons que saisir le message : les Fintech constituent un sujet brûlant en Europe actuellement.

"Les héros de Fintech existent déjà au Luxembourg, mais ils adoptent une attitude discrète"

L’opportunité

Pour les entreprises luxembourgeoises, un tel événement surprend d’emblée, pour deux raisons : premièrement, le programme Fintech revêt un caractère très politique au Grand-Duché. Les ministres, les banques et les consultants tendent à utiliser les Fintechs comme outil de marketing, ce qui ne manque pas de créer un fossé entre les attentes, exprimées sous forme de communiqués de presse, et la réalité internationale. Plusieurs start-ups luxembourgeoises se plaignent de sollicitations fréquentes de la part de « partenaires », qui ne veulent en réalité que leur vendre quelque chose ou profiter de la vague « Fintech » plutôt que d'investir du temps et de l'argent dans ce secteur. Deuxièmement, le pays, architecte d’un programme incroyablement efficace en recrutant les meilleurs talents, dont Nasir Zubairi, tend à sous-estimer la vitesse de croissance de ses concurrents. Oui, le Luxembourg représente une place financière, mais Paris aussi, qui entreprend une transformation spectaculaire sous la houlette de l'Ecole 42 et de StationF de Xavier Niel. Prendre part à un tel événement constitue certainement la meilleure façon d'aborder les deux enjeux et de renforcer votre stratégie. Des entrepreneurs internationaux évaluent désormais le Luxembourg avec d'autres centres Fintech tels que Paris et Francfort et comparent des facteurs clés : efficacité administrative, prix des loyers, disponibilité de personnel qualifié et autres facteurs. Certes, il existe une marge de manœuvre importante, mais profitons néanmoins de cette occasion unique de livrer une bataille très compétitive et très positive.

Héros

 

A l’heure où le Luxembourg prend clairement son élan, lancer la machine marketing s’avère nécessaire. À Paris, les ministres des finances, les consultants hors de prix ou les organisations mises sur pied à la seule fin de promouvoir le Luxembourg en tant que plate-forme financière importent peu. Si vous voulez attirer des entrepreneurs prospères, à vous de présenter brillamment votre proposition de valeur et vos « héros ». Car ils existent ! Digicash, le projet très médiatisé et financé par la SNCI, passe au rang de champion national tandis que d'autres acteurs luxembourgeois plus discrets s’enorgueillissent déjà de desservir des clients dans le monde entier. Deux d'entre eux participaient au Paris Fintech Forum. EMPCorp, le champion du paiement en ligne dirigé par Gilles Moro, et dont le chiffre d'affaires dépasse les 10 millions d'euros, et Birdee, le moteur de robot-conseiller. Ces deux exemples devraient suffire à prouver la pertinence du Luxembourg dans le monde Fintech. D'autres héros, au rang desquels Xavier Buck et Bert Boerman pourraient partager la vedette. Cependant cela soulève des questions sur la relation que le Luxembourg en général et les fonctionnaires en particulier entretiennent avec la réussite, un sujet jamais abordé dans le passé. Mais les temps changent et nous entrons dans le money time, donc nous n'avons pas réellement le choix.

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