Dans la C4

de Sébastien Loeb

 

Marie-Pierre Rossi a fait un tour avec Sébastien Loeb. Elle témoigne : « Deux sentiments dominent. Le premier est l’incroyable confiance que Sébastien dégage. On ne se sent pas du tout en danger. Il est calme. Il contrôle. Il fait oublier la vitesse et les risques. L’autre est physique. La violence des freinages et des accélérations est énorme. On est secoués comme dans une machine à laver. Les cervicales en prennent un coup ! »

Sébastien Loeb :

Le talent brut

Il fait partie des champions qui laissent parler le chronomètre à leur place. Malgré sa discrétion naturelle, Sébastien Loeb est incontestablement le meilleur pilote de Rallye de tous les temps. Il vient d’obtenir son cinquième titre consécutif de champion du monde. Du jamais vu.

Une vocation tardive

Sébastien Loeb réunit les trois conditions qui font de lui un héros idéal pour des millions de passionnés :

1. Il réalise des performances à couper le souffle et pulvérise tous les records.

2. Il ne se prend pas au sérieux.

3. Ses fans peuvent s’identifier à son parcours hors du commun.

Jeune électricien, il dépensait tout son argent dans sa passion pour le sport automobile. En 1995, à 21 ans, l’Alsacien racle les fonds de tiroirs afin de rassembler les 100 francs nécessaires pour s’inscrire à un concours régional... C’est le début d’une ascension extrêmement rapide qui lui permet de participer, 6 ans plus tard à peine, à sa première course dans la catégorie reine du rallye : le WRC. Il finit 2ème de cette épreuve. Les Pros sont prévenus. En 2003, pour sa première saison complète, il échoue à 1 point de Petter Solberg au classement mondial. Les suivantes sont impeccables : 5 titres consécutifs de champion du monde. 46 victoires pour l’instant. (Au 30 octobre 2008). L’ancien record était à 28.

« Pas un Kamikaze »

Pour ceux qui ne réalisent pas ce qu’est le rallye, une visite sur le site Youtube en entrant les mots clés « Loeb » et « Onboard » sera instructive. Les images sont terrifiantes. Lorsqu’il gagne le rallye de Finlande, c’est à près de 180 kilomètres par heure qu’il laisse sa C4 s’envoler sur une piste parfois enneigée. De part et d’autre de la route, une forêt de sapins sanctionne la moindre approximation au prix fort. Au Rallye de Corse, c’est le ravin qui stoppe net tout écart de conduite ; à Trêves, les vignes ne sont pas vraiment plus accueillantes. Sébastien aborde sereinement les risques du métier. « Je ne suis pas un kamikaze. La victoire dépend principalement de la préparation effectuée avec mon copilote et les techniciens de Citroën. Au moment où nous nous attachons dans le baquet, nous nous sentons parfaitement à l’aise pour attaquer sur la route. Il peut arriver que nous soyons à la limite, mais je garde toujours de la réserve sous le pied ». Ses rares abandons sont le plus souvent liés à des problèmes mécaniques... ou à un simple lapsus. En 2007, son copilote lui annonce « 130 + + » avant un virage. C’était « 130 - - » selon leurs codes. Ils finissent dans le décor. Cet incident n’a pas entaché sa réputation de pilote extrêmement sûr : il affiche une moyenne de moins d’un abandon par an sur erreur de pilotage !

Le talent brut

Lorsque nous l’avons rencontré au Rallye d’Allemagne, les Jeux Olympiques battaient leur plein. Sébastien Loeb garde une fascination pour la gymnastique qu’il a pratiquée pendant douze ans, glanant plusieurs titres régionaux. Il éprouve également un grand respect pour les sports laborieux comme la natation et l’athlétisme, où les centièmes de secondes se gagnent au prix de centaines d’heures d’entraînement éprouvantes. Si les pilotes de rallye entretiennent leur condition physique et leurs sensations de conduites, il estime que c’est un sport où la différence se fait avant tout sur le talent. Il semble bien placé pour porter ce type de jugement : son palmarès valide un don exceptionnel pour la conduite qui le place dans la même catégorie qu’un Michael Jordan pour le basket ou qu’un Schumacher en Formule 1. En plus de ses records en Rallye, Sébastien Loeb a déjà fini 2ème des 24 heures du Mans, réalisé des essais impressionnants en F1 et gagné plusieurs éditions de la Course des Champions. Il aborde sa célébrité planétaire avec beaucoup d’humilité, appréciant par-dessus tout de pouvoir vivre sa passion. S’il est populaire, c’est également par obligation professionnelle. N’importe quel fan un peu renseigné peut aller à la rencontre de son champion, lors des repérages ou sur le bord des routes. Sébastien Loeb s’accommode sans difficulté de cette contrainte. Il était dans cette foule il y a peu de temps et aime le contact avec les fans, dès lors que sa vie privée n’est pas exposée.

Le business du Rallye

Le champion français n’est pas représenté par un agent. Il étudie personnellement les propositions que les sociétés lui font. Son approche n’est pas basée purement sur le montant des offres : ses moteurs restent l’envie et la passion. Il accepte volontiers une journée sur circuit avec un nouveau type de véhicule mais fuit à tout prix les discours ou les mondanités. Nous n’avons pas obtenu de prix officiel pour une journée mais il est inutile de faire une offre à 10 000 euros vus les prix en vigueur dans d’autres sports. L’idéal reste pour une entreprise de faire une demande directement auprès de l’intéressé. Pour les fans, le moyen le plus simple et le plus économique pour passer une journée avec leur modèle consiste à s’inscrire à son fan-club, puis à participer à l’événement annuel qui combine karting et soirée. Le dernier a eu lieu en septembre.

Conseil d’ami

Si Sébastien Loeb avait un seul conseil à donner à un conducteur comme vous et moi, il concernerait l’aquaplaning. La technologie permet aujourd’hui de produire des véhicules de très bon niveau et des systèmes de sécurités de plus en plus perfectionnés, mais le principal danger reste humain. Même un multiple champion du monde reste impuissant devant une flaque d’eau. La seule parade pour éviter une sortie de route reste de réduire sa vitesse, proportionnellement à la profondeur de la flaque ! À ce sujet, les pilotes de Rallye se plaignent de l’interdiction par la Fédération Internationale Automobile (FIA) d’utiliser des pneus de pluie pendant les courses. Avec le public au bord des routes, on se demande ce qui justifie une telle option.