Simon Berger : Toucher briser : l’art de symboliser des émotions

Il a marqué les esprits avec son portrait de Kamala Harris pour le musée de l’Histoire des femmes à Washington et l’exposition « We Are Unbreakable » à Beyrouth. Ses portraits sur verre percutent les spectateurs par la violence et la précision qui se dégagent du procédé artistique. Rencontre avec l’artiste suisse Simon Berger, de passage à Luxembourg à l’occasion de la Luxembourg Art Week.

Pouvez-vous raconter votre histoire en quelques mots ?

J’ai débuté ma carrière en tant que menuisier. Mon travail ne m’a toutefois jamais véritablement apporté de satisfaction. En parallèle j’ai continué à développer ma créativité. Mon activité artistique principale se concentrait alors sur la création de graffitis. J’ai toutefois très vite réalisé que le monde de l’art saturait de production de ce genre. J’ai alors voulu innover, en me lançant dans un domaine qui n’avait encore jamais été exploré. Mon premier portrait sur verre a ainsi vu le jour, en 2016. Je ne pratique aucune autre forme de création artistique depuis.

« Je cherche à créer une portée universelle à travers ces visages de verre brisé »

Comment votre travail résonne-t-il en ces temps

troublés ?

Mon travail artistique s’aligne parfaitement avec notre époque. Je dis toujours que je crée la beauté par la destruction.

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A travers ces visages de verre brisé, je cherche à créer une portée universelle et à éveiller des émotions qui font prendre tout leur sens à mes œuvres. Ma meilleure récompense reste d’apercevoir une connexion profonde avec mes œuvres dans les yeux d’un spectateur ou d’un collectionneur. J’essaie de créer ce lien à travers mon travail. Mon expérience à Beyrouth, avec le projet #weareunbreakable, représente l'un des moments les plus significatifs de ma vie d'artiste. Plus qu'un simple slogan de campagne, « We Are Unbreakable » exprime un rappel constant de la résilience libanaise. J’ai taillé les portraits des victimes sur des feuilles de verre recyclées de l’explosion pour exprimer une réalité percutante : le besoin de vérité et de justice de la population.

Pouvez-vous nous parler de votre projet de portrait de Kamala Harris ?

J’ai été contacté par le musée de l’Histoire des femmes à Washington via mon compte Instagram. La réalisation d’un portrait de verre de Kamala Harris symbolisait la manière dont elle « cassait les codes ». En étant la première femme Vice-présidente de l’histoire des États-Unis, elle a brisé le plafond de verre qui restreignait l’accès des femmes à la profession. La création de cette œuvre a nécessité plusieurs heures, dans mon atelier en Suisse. Elle a ensuite été expédiée aux États-Unis et s’est vue exposée pendant trois jours au centre commercial national de Washington.