REPORTAGE A TOKYO par Jérôme Bloch

TOKYO : zen & hystérique !

A l’approche des Jeux Olympiques de Tokyo de 2020, la capitale Nippone intègre le circuit des destinations « tendances ». Le monde entier se précipite dans cette ruche de 126 millions d'habitants aux allures d'exoplanète. Reportage.

I love Tokyo

Pour aimer Tokyo, il suffit de s’y rendre, mais pour la comprendre, il faudra revenir. Dès la descente de l’avion, le voyageur découvre que la courtoisie et le service sont promus ici au rang de commodité. Pour ceux qui craignent de se perdre dans une forêt de panneaux japonais, les stations de métro cumulent un nom et un numéro : à la station « 8 », un quai indique la direction « 7 » et le quai d’en face, « 9 ». Les restaurants exposent des maquettes en résine de leurs plats et si votre maîtrise de l’anglais vous semble insuffisante, achetez une carte de téléphone et une bonne app ! Tokyo se visite comme une exoplanète : comment ne pas s’ébahir face à ces temples, parcs et palais harmonieusement intégrés au cœur d’une mégalopole palpitante ? Chaque repas fournit une occasion de découvrir de nouvelles sensations : les pâtes soba froides trempées dans un bouillon tiède et aspirées buyamment, les Teriyaki laqués, le tofu doux comme de la soie, les sashimi du marché de Tsukiji, le macha à toutes les sauces, nori, ramen, miso, yakitori et j’en passe. Ici tout est codifié : kendo, Ikebana, caligraphie, théâtre Nô, cérémonie du thé, et relations sociales en tous genres. Les hôtels traditionnels – les Ryokans – permettent de courber le temps, voir de s’offrir un voyage dans le passé traditionnel du pays. Mais l’oasis du touriste laisse entrevoir une part d’ombre dans les métros pleins comme des œufs, ou au travers de témoignages d’employés ivres rencontrés le soir, écrasés par leur hiérarchie et obsédés par le respect d’une litanie de règles non écrites. Pour comprendre le Japon, il faut parler se plonger dans son histoire, dans sa culture et même dans sa géographie.

Un "gaming center" assourdissant

Stupeur et tremblements

Il faut se souvenir que du XIIème siècle jusqu’au milieu du XIXème, le Japon était dirigé par des Shoguns – des chefs militaires – selon un système féodal. De 1639 à 1853 l’archipel était hermétiquement fermé aux influences étrangères. Il fallut plusieurs tentatives aux américains et finalement l’usage de la force pour obtenir l’ouverture des ports du Japon en 1853, ce qui provoqua la chute des Shogun. S’ensuivit une période de conquêtes inspirée des modèles colonialistes. Des guerres contre la Chine et la Russie au début du XXème siècle permirent d’obtenir notamment la Corée et Taiwan.  En 1933 le Japon quitte la Société des Nations et envahit la Chine, ce qui mènera 4 ans plus tard au massacre de Guomindang. Suivront l’occupation de la ThaïlandeHong KongSingapour, de l’Indonésie, puis l’attaque de Pearl Harbour et deux explosions apocalyptiques. Sous tutelle américaine jusqu’en 1951, le Japon vit alors un miracle économique qui durera jusqu’aux année 90.  

Shibuya crossing, un des plus fréquenté au monde

Business in Tokyo

L’économie est marquée par la présence de conglomérats capables d’embaucher des armées d’étudiants un an avant la fin de leurs études et qui, jusqu’à récemment, leur proposait un travail « à vie ». Un statut utile pour se conformer au modèle de famille toujours en vogue où la femme élève les enfants et l’homme travaille jour et nuit, littéralement. Ce modèle subit aujourd’hui différentes fractures. D’abord parce que les femmes ne souhaitent plus torpiller leurs propres carrières et ensuite parce que les fleurons de l’économie souffrent depuis deux décennies : Nec, Hitashi, Sharp Sony ou Panasonic en sont réduits à créer des « bad companies » comme « Japan Display » pour mettre en commun leurs divisions branlantes, suite à l’émergence de la concurrence sanglante coréenne et chinoise. Fort d’un marché domestique de 126 millions d’habitants, le Japon dispose d’un gros potentiel de croissance. Le pays se réinvente dans d’autres domaines et des marques comme Uniqlo, Softbank ou Rakuten partent à l’assaut du monde. 

“Pour comprendre le Japon,

il faut se plonger dans son histoire

Robot restaurant

Dossier Japon