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Semi-conducteurs : les géants du nanomètre sur le pied de guerre

La production annuelle de puces électroniques atteint un billion d’unités (Mille milliards, ndlr). Premier producteur indépendant au monde, le Taiwanais TSMC s’est imposé comme acteur et enjeu clé dans la guerre technologico-stratégique actuelle. Analyse.

 

TSMC : numéro 1 sur le marché aux puces

 

Créé en 1987 à Hsinchu, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company Limited (TSMC) figure au 3ème rang des fabricants mondiaux derrière Intel et Samsung. Cependant, les limites de la loi de Moore étant atteintes, la différence se fait désormais sur les « Advance logic chips » : des puces ultra-optimisées à l’échelle de 5 nanomètres aujourd’hui (cinq milliardièmes de mètre, ndlr) et à celle de l’atome demain. Dans ce domaine, TSMC dispose de plusieurs années d’avance, à tel point que Samsung a annoncé son intention de sous-traiter à TSMC une partie de sa production. Ce dernier a opté pour un modèle de pure player, concevant ses 10.800 produits pour le compte de 500 clients, dont Apple qui représente 20% de son chiffre d’affaire, Nvidia ou Qualcomm et affiche en 2020 une capitalisation en bourse de 575 milliards USD, un résultat de 45,5 milliards USD et un bénéfice de 17,6 milliards USD. TSMC occupe 59% du marché selon le cabinet Counterpoint, devant Samsung (15 %), UMC, GlobalFoundries et le chinois SMIC.

"Les limites de la loi de Moore étant atteintes, la différence se fait désormais sur les ‘Advance logic chips” 

Des composants stratégiques

 

Les semi-conducteurs couvrent un large éventail d’applications dans les secteurs de l’informatique - cloud computing, minage du bitcoin - des communications, de l’industrie et équipent entre autres les appareils mobiles, les automobiles et les objets connectés. Les effets combinés de la pandémie et de la forte demande en appareils électroniques ont provoqué une croissance des besoins pour ces petits corps non métalliques et une pénurie importante dans des secteurs comme l’automobile et les objets high-tech. La situation a surtout révélé la dépendance de l’Europe et des États-Unis dans ce domaine envers l’Asie et mis en lumière les enjeux technologico-stratégiques des petites puces. Au point que le président américain Joe Biden a inclus les semi-conducteurs dans la liste des chaînes d'approvisionnement de « biens essentiels », et que le Sénat a fait débloquer une enveloppe de 54 milliards USD de subsides au secteur. La Chine a quant à elle annoncé un plan de 1.3 billion de dollars pour la Tech en général !

 

Dans la tourmente géopolitique

Considéré comme acteur-clé, TSMC fait l’objet des pressions de toutes parts, dans un contexte de guerre commerciale sino-américaine accrue. Or la Chine considère Taiwan comme faisant partie de son territoire. Une décision du département américain du Commerce interdisant l’accès du Chinois Huawei aux fabricants de puces américains a contraint TSMC à repenser sa stratégie. Le cauchemar américain consisterait à voir la Chine bloquer la production de TSMC lors d’un conflit, ou développer ses propres « Advance logic chips » à la même vitesse que son programme spatial. L’empire du milieu attire déjà des milliers d’ingénieurs Taiwanais dans le cadre de son plan “Made in China 2025 ». TSMC a donc annoncé en avril 2021 un plan d’investissement R&D de 100 milliards USD sur 3 ans et a débloqué 12 milliards USD pour la production dès 2024 de puces de 5 nanomètres en Arizona. D’ici-là, elle compte lancer ses premiers composants de s3 nm en 2022 et ceux de 2 nm, considéré comme la limite de la technologie actuelle de semi-conducteurs dès 2024.