Venise : les courants du pouvoir 

Dès sa création au cinquième siècle, Venise chercha à compenser sa petite taille par l’ingéniosité, l’innovation et une réinvention permanente de son modèle. Un modèle de résilience très utile à notre époque. Visite guidée. 

 

Les vertiges de l’histoire 

L’histoire de Venise commence avec l’annonce de l’arrivée d’Attila des Vandales et des Goths qui contraignent les habitants à trouver refuge sur les îles du lagon. Elle passe par onze siècles – de 697 à 1797 – d’une « République » très oligarchique dont une visite du palais des doges et des cachots de l’autre côté du pont des soupirs rappelle la violence. Elle nous entraîne dans des voyages au bout du monde avec Marco Polo, Francesco Morosini ou plus récemment avec le destin météorique et tragique de magnas de la farine : les Stucky. Ici, aristocrates et marchands ne font qu’un. Pour survivre, Venise multiplie les alliances, les missions diplomatiques, les guerres – pour lesquelles elle emploie des mercenaires – n’hésitant pas à s’allier en 1204 aux croisés pour conquérir Constantinople la Chrétienne, un comble illustrant les priorités de l’époque. Ses innovations, notamment dans son Arsenal, lui permettent de construire des bateaux de manière industrielle et de prendre le contrôle de la Méditerranée à une époque où elle occupe encore une place centrale dans le monde.

 

« Ici, aristocrates et marchands ne font qu’un. »

La constance du changement 

Face à la place Saint-Marc, le spectateur ne sait plus à quelle époque il se situe, tant l’image de la basilique et de son campanile reste immuable, depuis des siècles. Mais l’impression s’avère trompeuse, car cinq changements majeurs vinrent transformer la vie de cette cité. Tout d’abord la découverte de l’Amérique, qui redessine les cartes du commerce mondial. Ensuite, les progrès réalisés dans la construction navale par les ennemis de la sérénissime, inventant des embarcations plus grandes, capables d’emporter de nombreux canons et faisant perdre à Venise l’hégémonie gagnée sur la Méditerranée avec ses galères rapides et manœuvrables. En 1797, après des siècles de résistance, Venise cède face à Napoléon avant de tomber sous le joug autrichien en 1815. Ensuite, l’unification de l’Italie en 1870 qui enfonce la cité dans une lagune où elle surnageait déjà laborieusement depuis des décennies. Et enfin, l’avènement du tourisme avec ses babioles de carnaval, ses nuitées en Airbnb et ses bateaux de croisière. Une manne financière à court terme représentant un véritable défi pour les habitants de la ville et la diversification de son économie. 

 

La tête hors de l’eau 

Lors de sa construction en 1792, les propriétaires ont trouvé un nom prémonitoire pour la Fenice. La salle de spectacle où la Callas marquera notamment les esprits sera détruite par le feu deux fois – en 1836 et en 1996 – avant d’être reconstruite, comme le mythique phœnix. Dans le même esprit, après deux années de confinement, Venise recommence à se noyer dans des marées de touristes et de colporteurs. Le réchauffement climatique menace jusqu’à sa survie et sa population fond comme neige au soleil. Pour garder la tête hors de l’eau, elle va devoir renouer avec la science qui a fait sa gloire : innovation, diplomatie, esprit de conquête, exercice du pouvoir. Et pour rendre son économie durable, elle va devoir se trouver un nouveau ‘Doge’ capable de fédérer les énergies locales autour d’un projet d’avenir, de le défendre à Rome avant de le vendre à la population ciblée.   

 

Visite 

Un voyage à Venise de quelques jours s’impose absolument. Optez par exemple pour un logement à Dorso Duro et plongez-vous dans des sites internet ou des guides pour comprendre l’histoire de la ville. Perdez-vous dans les méandres des ruelles et les sottoporteghi de Cannaregio, San Polo, San Marco et Castello, en prenant au moins une fois un guide ! La liste des points à voir absolument serait tellement longue que je propose d’en partager cinq : le Musée Peggy Guggenheim, le Palais des Doges, un coucher de soleil au bar panoramique du Hilton, sur le site de l’ancien moulin ‘Stucky’ à Giudecca, une balade en bateau dans la lagune – ou en gondole dans la ville si vous voulez découvrir cette expérience – et le théâtre de la Fenice. Sans compter bien sûr les haltes permanentes dans les cafés, les restaurants et les différents commerces traditionnels. Évitez simplement l’avenue ultra-touristique qui mène de la gare au Rialto.