Eduard von Kymmel (CEO de VP Fund Solutions) : l’atout ESG du Luxembourg

Pendant la prochaine décennie, les critères ESG passeront de simple option pour l'industrie de la gestion d'actifs à une exigence standard, peut-être même légale, affirme Eduard von Kymmel, CEO de VP Fund Solutions au Luxembourg.

 

Quelle importance revêtent les critères ESG pour les fonds ?

 

J’ai la conviction que deux changements fondamentaux se produiront dans l'industrie au cours de la prochaine décennie : la digitalisation, permettant l’amélioration de nos performances, grâce à l'apport des processus robotisés, et les normes ESG. Beaucoup de raisons expliquent cela : la nécessité de protéger l'environnement, l'état d'esprit de la nouvelle génération et la valeur crée par les critères environnementaux, de responsabilité sociale et de gouvernance pour les gestionnaires d'actifs et les investisseurs finaux. Quelques jours après avoir écrit quelques lignes dans finews pour exprimer ce point de vue, Blackrock a annoncé qu'elle intégrerait les critères ESG dans tous ses portefeuilles actifs et sa stratégie de conseil d'ici à la fin de l'année. Lors du Forum économique mondial de Davos, les dirigeants de l'organisation américaine de fonds NICSA et de la HKIFA de Hong Kong, ainsi que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se sont tous accordés sur l'importance vitale de cette tendance globale. Toutefois, nous devons aussi rester vigilants face à l'écoblanchiment, qui pourrait ralentir les changements significatifs et ternir l'image des investissements conformes aux principes ESG.

«  Le Luxembourg a acquis la notoriété de premier domicile de fonds pour les énergies propres, les investissements à impact social et la microfinance. »

Comment VP Bank s'adapte-t-elle à cette évolution ?

 

L'ESG constitue une partie importante de notre ADN. Le groupe VP Bank compte comme actionnaire principal une fondation à but non lucratif affectant ses dividendes au soutien d’objectifs caritatifs tels que le financement de la culture et l'aide aux jeunes. Notre approche d'architecture ouverte signifie que nous ne gérons généralement pas nos propres fonds. Nous recherchons en permanence des partenaires bien en ligne avec les besoins et la philosophie de nos clients. Nous avons engagé une équipe dédiée ESG et nous lançons des initiatives telles que la création d'un système de notation ESG, l'intégration de nos propres normes et politiques, et le soutien de fournisseurs de notation reconnus au niveau mondial, tels que MSCI. En tant que société de gestion, nous avons compris cette nécessité l'année dernière, en considérant la croissance des fonds non liquides et la demande énorme d'investissements dans les infrastructures. L'un de nos clients, gestionnaire d’un fonds pour les énergies propres, a vu ses actifs passer de 2 millions d'euros il y a cinq ans à 100 millions trois ans plus tard, et 250 millions aujourd'hui. Cela illustre bien la force de la tendance. Un autre client, un petit gestionnaire d'actifs suisse, a créé un fonds pour investir dans des parcs éoliens avec 30 à 40 millions d'euros. Il gère aujourd'hui 250 millions d'euros. Le Luxembourg a acquis une notoriété certaine comme leader en matière d'investissements ESG, en tant que premier domicile de fonds pour les offres en énergies propres, en investissement à impact social et en microfinance. 

 

Comment voyez-vous l'investissement ESG dans les cinq ans ?

 

Je suis convaincu qu’il deviendra la norme et que les gestionnaires, tant d'actions ou d'obligations et le Real Estate que de Private Equity, devront se conformer aux critères ESG, éventuellement imposés par la loi. Cela commence par une appréciation des risques qui consiste à se demander régulièrement si les investissements potentiels comportent des critères ESG. Mais le secteur a besoin de plus d'indications sur ce qui constitue l’ESG. Tesla répond-il bien aux normes ESG ? Que penser du financement d'une centrale au charbon pour diminuer son empreinte carbone ? Et Airbus ? Et Lufthansa ? À mon avis, s'ils ont une stratégie à long terme pour réduire les émissions de CO2, ils peuvent être considérés comme conformes aux ESG. Dans les pays nordiques, l'aéroport de Copenhague a lancé un plan climatique ambitieux visant à le rendre neutre en C02 cette année. Dans les cinq prochaines années, je pense que tous les transports rouleront à l’électricité. Bref, les critères ESG deviendront une caractéristique standard des actifs. Il y a quinze ans, une atteinte à l’image de marque n'avait pas d'impact majeur sur le cours des actions. Actuellement, elle peut produire un effet énorme en une seule journée. Les facteurs ESG mettront les investisseurs plus à l'aise, les rendront plus confiants et peut-être plus fidèles.

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