Denise Voss (ALFI) :

Définir des priorités pour servir les investisseurs de demain

La présidente de l'ALFI, Denise Voss, explique que, tant que le Luxembourg reste le principal centre pour les fonds d'investissement transfrontaliers en Europe, il doit continuer à s'adapter à un environnement de marché de plus en plus complexe et à l’évolution des besoins des investisseurs. Consolider le secteur fintech est une part importante de la réponse.

 

Comment évalueriez-vous le développement de l'industrie de fonds d'investissement au Luxembourg ?

Nous sommes confrontés de bien des façons à un nouveau paradigme, avec l'apparition de nouvelles exigences en matière de transparence, notamment sur les questions fiscales, mais également en termes de surveillance réglementaire. Un plus grand nombre de rapports est nécessaire aujourd’hui dans l'industrie par rapport à il y a dix ans, ce qui implique de nouvelles infrastructures et des coûts supplémentaires - mais également des opportunités. C’est pourquoi FinTech porte en lui tant de promesses. L'année dernière a été une année record, avec des actifs de fonds qui ont augmenté de €411bn, comprenant €298bn de nouveaux investissements nets, pour un nouveau record total de €3.5trn, donnant au Luxembourg 28% de l’actif des fonds européens géré et 36% pour les OPCVM seuls. L'introduction de la directive AIFM est une opportunité majeure de renforcer notre position, étant donné que les investisseurs institutionnels tendent de plus en plus à réguler les investissements alternatifs, et, à bien des égards, la règlementation est maintenant similaire à celle pour les OPCVM. Bien que sceptiques auparavant, les gestionnaires de fonds de couverture américains étudient des options pour opérer sous la directive AIFM, comme l'utilisation d'une société de gestion au Luxembourg. D'autre part, nous sommes également confrontés à une plus grande concurrence, avec différentes tentatives déployées en Asie afin d’établir des passeports de fonds à la façon OPCVM ou des systèmes de reconnaissance mutuelle. De plus, en Europe, des pays comme la France regardent avec envie le rôle dominant du Luxembourg comme plateforme transfrontalière de distribution de fonds. Dans ce contexte, il est important que nous puissions compter sur l’appui d'un gouvernement tourné vers l’avenir, qui a joué un rôle crucial dans le développement de l'industrie par le passé.

 

« Nous devons rester les meilleurs dans la distribution transfrontalière de fonds d'investissement.»

Denise Voss, Présidente de l'ALFI

Quel rôle peut jouer Fintech pour renforcer la position du Luxembourg ?

La technologie commence déjà à jouer un rôle plus important dans les affaires de fonds - regardez le succès fulgurant du fonds du marché monétaire en ligne Alibaba en Chine, ou la croissance de l’automate de conseils au Royaume-Uni. Nous n’en sommes qu’au début, mais il y a un consensus au Luxembourg entre le gouvernement, le secteur des TIC et l'industrie des services financiers sur la nécessité de soutenir les start-ups FinTech, qui peuvent apporter leur propre contribution au succès de l'industrie financière tout en fournissant des acteurs bien implantés avec les outils qu'ils doivent adapter au nouveau monde numérique, tel que la technologie de chaîne de blocs sous-jacente à l'apparition de la crypto-monnaie bit coin. Le Luxembourg est en train de mettre en place pour la Finance une Maison de FinTech afin d’attirer des sociétés FinTech novatrices au Grand-Duché et de leur fournir l'environnement dont elles ont besoin pour réussir. Au sein d’ALFI, nous avons mis en place un forum FinTech regroupant à la fois des membres d’ALFI et des non-affiliés, ainsi que des groupes de travail sur la distribution numérique, les mégadonnées, la technologie de chaîne de blocs et le financement participatif d’actions et le crédit communautaire. Ceci concorde également avec les efforts réalisés pour promouvoir des sources non traditionnelles de financement par l'initiative de l’union des marchés des capitaux de l’UE, un domaine dans lequel les fonds d'investissement peuvent jouer un rôle prépondérant.

 

Quelles sont vos priorités en tant que présidente d'ALFI ?

Au sein d’ALFI, notre objectif principal reste le même que par le passé, servir des investisseurs partout dans le monde. Nous avons articulé ceci autour de l’association d’un ensemble d’axes prioritaires avec comme ambition 2020, pour s’assurer que l'industrie peut s'adapter à un environnement qui évolue sans cesse et répondre aux besoins de plus en plus exigeants de ses partenaires. Le cadre Ambition 2020 est composé de cinq objectifs : encourager les pratiques qui alignent les intérêts des investisseurs et de l'industrie; expliquer le rôle majeur des capitaux dans l'économie globale; établir un lien entre les investisseurs et les opportunités du marché mondial; faire en sorte que le Luxembourg reste le centre financier européen de référence; et stimuler l'innovation, la recherche, l'éducation et le développement des talents. Les gestionnaires de biens de 69 pays gèrent déjà un grand nombre d’OPCVM et de fonds alternatifs au Luxembourg, mais nous continuerons à communiquer notre message aux marchés existants, tel que le Royaume-Uni (représentant 16 % des actifs du fonds luxembourgeois) et les États-Unis (22%), mais également à ceux qui sont nouveau et moins développés comme l'Afrique du Sud et le Brésil. Nous avons déjà transmis notre message aux directeurs des fonds de pension, un élément essentiel de notre base d’investisseurs, lors d’une visite en 2015 avec des arrêts au Chili, au Pérou et en Colombie. Face au changement et aux réalités démographiques complexes, nous avons une réelle occasion d'expliquer à quel point les fonds d’investissements font partie de la solution pour les investisseurs d'aujourd'hui et de demain.