Carlos Moedas (Commissaire européen) : L'ambition par l'innovation

Carlos Moedas, Commissaire européen chargé de la recherche, de la science et de l'innovation, présente Horizon Europe, la stratégie de l'Union européenne visant à attirer les scientifiques et améliorer le transfert technologique. Interview.

 

Pouvez-vous décrire en quelques mots l'initiative Horizon Europe et comment les entreprises novatrices peuvent bénéficier de ce programme ?

Horizon Europe, le programme de recherche et d'innovation le plus ambitieux de l'UE, possède un budget prévisionnel de 100 milliards d'euros. Notre proposition s'appuie sur le succès d'Horizon 2020, l'actuel programme de l'UE. Horizon Europe a cependant été amélioré afin de maximiser son impact, sa pertinence pour la société et son potentiel d'innovation révolutionnaire. Parmi les principales nouveautés d'Horizon Europe figure le Conseil européen de l'innovation (EIC). Son objectif consiste à attirer les meilleurs innovateurs en Europe, les soutenir dans la mise sur le marché de leurs idées et aider les start-ups et les entreprises les plus novatrices à se développer. Le programme se concentrera sur les entrepreneurs individuels et les entreprises plutôt que sur les grands groupes internationaux. Elle favorisera les idées ascendantes et simplifiera les procédures, aidant ainsi l'Europe à révéler son potentiel de puissance mondiale dans l'innovation.

« Horizon Europe, le programme de recherche et d'innovation le plus ambitieux de l'UE, possède un budget prévisionnel de 100 milliards d'euros.  »

 

Au cours des dix prochaines années, quelles tendances numériques impacteront le plus le monde ?

 

Les technologies perturbatrices comme l'intelligence artificielle (IA), la robotique de pointe et les voitures sans chauffeur demeureront une source majeure de productivité, de gains économiques et de progrès sociétal. En fait, l'intelligence artificielle peut potentiellement créer entre 3 000 et 5 000 milliard d'euros de valeur par an et dans le monde. Entre autres, les avancées importantes observables se situent dans les domaines du traitement des données et de la puissance de calcul. Ceux-ci, à leur tour, contribuent aux progrès de l'intelligence artificielle, un des catalyseurs de la révolution technologique actuelle. Nous surveillons les performances numériques de chaque pays de l'UE, en les comparant également à celles de 17 pays tiers, dont les États-Unis, le Japon et la Chine. D’après les résultats, le Danemark, la Finlande, la Suède et les Pays-Bas figurent parmi les leaders mondiaux dans l'utilisation et l'adoption des technologies numériques. Cependant la moyenne de l'UE en matière de performances numériques reste nettement inférieure. Par conséquent, il nous reste encore beaucoup à faire pour créer un environnement propice au développement de technologies radicalement nouvelles et innovantes. Le lancement de du European Open Science Cloud (EOSC) l'année dernière représente un pas important dans la bonne direction : il fournira aux chercheurs un environnement sûr pour stocker, analyser et réutiliser les données à des fins de recherche, d'innovation et de formation.

 

Comment voyez-vous l'Europe concurrencer avec les pays innovants d'Amérique et d'Asie ?

Selon le European innovation scoreboard (EIS) de 2018, l'Europe demeure vigoureuse dans le domaine scientifique, mais reste sous-performante en matière d'innovation. L'UE continue d'améliorer sa position comparée aux États-Unis, au Canada et au Japon. Cependant afin de conserver notre avance sur la Chine, nous devons approfondir le potentiel d'innovation de l'Europe. Le taux de croissance de l'innovation Chinois jusqu’à maintenant égale trois fois celui de l'UE. Comparée à la Corée du Sud, l'UE a pris du retard mais prévoit  cependant de combler celui-ci dans les prochaines années. D’après ces résultats, un nouveau niveau d'ambition s’avère nécessaire afin de se situer en pole position, facteur essentiel pour notre future prospérité. Nous avons introduit l'Agenda renouvelé pour la recherche et l'innovation afin d'approfondir la capacité novatrice de l'Union, en assurant les investissements nécessaires et en accélérant la diffusion et l'adoption des résultats liés à la recherche et de l'innovation. La proposition Horizon Europe reste un élément crucial de sa mise en œuvre, car elle soutient l'identification et la mise à l'échelle des inventions révolutionnaires.