Jacques Lanners (CERATIZIT) : géant luxembourgeois

Son chiffre d'affaires dépasse désormais le milliard d'euros, mais CERATIZIT continue d'aller de l'avant. Le géant du carbure de tungstène conjugue expansion internationale et services 4.0. Entretien avec Jacques Lanners, Président du Directoire de CERATIZIT et petit-fils du fondateur de ce fleuron luxembourgeois.

Pourriez-vous décrire CERATIZIT en quelques mots ?

L'aventure débute en 1931, Céramétal produit alors de filaments pour ampoules. Un tournant s'opère après 1948, l'entreprise se spécialise alors dans le carbure de tungstène, resté notre cœur de métier. Nous fabriquons des outils coupants hautement performants, des plaquettes et des barreaux en matériaux durs. Le carbure permet de compter des clients dans l’industrie automobile, l’énergie ou encore l'aéronautique. Nous produisons aussi de la céramique pour les spécialistes des roulements à bille. Nous franchissons un nouveau cap en 1975 en créant notre propre unité de recherche, à Mamer, qui renforce notre leadership. Logiquement, notre expansion à l'international suit avec d'abord l'Angleterre et les États-Unis. Voilà comment en 2018 nous recensons 34 sites de production et plus 9000 employés dans le monde… tout en possédant 1000 brevets actifs, synonymes de savoir-faire et de sens de l'innovation. Entre-temps, la fusion avec Plansee Tizit en 2002 permit d'envisager de nouveaux challenges. Un choix pertinent d'actionnaires restés familiaux. Céramétal devient alors CERATIZIT.

"Une force et une fierté : en 1997, CERATIZIT devient la première entreprise luxembourgeoise à produire en chine."

 

Quelle est la clé de la réussite à l’international ?

Nous changeons de statut, l'expert en matériaux devenant également expert en solutions et services. Un travail étroit avec nos clients aide à étoffer nos offres de produits et prestations. Nous créons des partenariats, nos chercheurs intégrant leurs équipes et participant de facto au développement de leurs produits. Plus besoin de nous adapter a posteriori… Avec Hilti au Liechtenstein, leader du foret à béton, nos équipes travaillent ensemble depuis 20 ans ! Je citerai également les partenariats avec les universités et centres comme le LIST. Avec 200 ingénieurs dédiés à la recherche fondamentale et 200 autres à l'application en production, CERATIZIT se donne les moyens d'aller de l'avant. Le reste relève de la stratégie. Présents en Europe, aux États-Unis et en Asie, nous savons qu'un ralentissement conjoncturel sur un continent ou un produit peut être compensé ailleurs.

Comment voyez-vous CERATIZIT évoluer dans les 5 prochaines années ?

Nous sommes très fortement orientés sur le continent européen qui représente plus de 60 % de notre activité mais à nous de nous diversifier et d'accroître nos parts de marché en Asie et aux États-Unis. Car tout produire en Europe s'avère difficile. Un équilibre demeure à trouver : posséder des unités de production dans les pays de l’Est, en Chine et en Inde où les coûts sont moindres et croître en Europe en recherche-développement et sur les produits à haute valeur ajoutée. Autre viatique, la digitalisation. En complément de nos machines, certaines connectées, nous possédons une cellule de captation de données de 25 personnes. Avec l'industrie 4.0 nous développons des systèmes vendus en parallèle aux clients de nos produits.