WeWork déraille, mais pas le coworking

Le retrait de l'introduction en bourse de WeWork et la possible faillite de cette "licorne" disruptive sont salutaires. Pourtant, les principes et l'avenir du coworking restent assurés, puisque ce modèle fait la synthèse entre l’économie collaborative et les jeunes pousses entrepreneuriales et autres PME.  Mais le concept de cotravail a été terni par l’arrogant cofondateur de WeWork, Adam Neumann.


La fin du bureau

Les bureaux traitant des montagnes de paperasse appartiennent à l'histoire ancienne. L'informatisation et la communication ont banni le papier et effacé les distances, rendant ces lieux de travail de plus en plus superflus. Les espaces de bureaux, dans des zones industrielles austères, offraient moins d’attraits que des surfaces partagées, rénovées, situées au centre-ville, terreau de communautés et de brassage d'idées, avec des tables de ping-pong, des flippers et du café au lait à volonté. Le coworking était né. L'an dernier, quelque 18.700 espaces de travail de ce type fonctionnaient dans le monde. Ce chiffre devrait atteindre 22.400 d'ici à la fin de l'année. Les start-ups, les fintechs et les petites entreprises dynamiques éclosent partout, augurant non seulement de profits, mais aussi d’un environnement de travail moins guindé. Mais le coworking dissuade ces jeunes pousses en situation incertaine de s'engager dans des baux à long terme. Cela crée l’opportunité, florissante, pour des entreprises comme WeWork, d’assumer le risque dans le temps, et de le décomposer en baux à court terme.

« Si notre croissance se poursuit à un rythme accéléré, nous pourrions ne pas arriver à réaliser des bénéfices au niveau de l’entreprise dans un  avenir proche »

Messie déchu

Si vous voulez changer le monde, la première exigence reste de trouver un messie - ou d’en jouer le rôle. Visiblement, Adam Neumann, le co-fondateur de WeWork, a opté pour cette option. En second lieu, il faut faire preuve de « diligence raisonnable ». Aveuglés depuis le début par le charismatique  M. Neumann, des investisseurs majeurs ont manifestement  ignoré cet élément. Il s’agit de  Masayoshi Son (SoftBank et Arabie Saoudite), et de banquiers et souscripteurs, dont J. P. Morgan Chase et Goldman Sachs. Comment expliquer autrement l’évaluation à près de 100 milliards de dollars de WeWork alors que la société a indiqué dans sa déclaration  à la Commission de sécurité et d’échanges (SEC) : « Nous enregistrons un historique de pertes et, surtout, si notre croissance se poursuit à un rythme accéléré, nous pourrions ne pas arriver à réaliser des bénéfices au niveau de l’entreprise dans un  avenir proche ».

Des bases bancales

 

A l’instar de banques défaillantes associant abusivement des passifs à long terme à des actifs à court terme, le modèle économique de WeWork était imparfait. La déclaration à la SEC stipulait : « Il se peut que nous ne puissions pas continuer à fidéliser nos membres actuels, dont la plupart concluent des accords d'adhésion avec des engagements à court terme, ou d'attirer de nouveaux membres en nombre suffisant ou à des tarifs adaptés pour soutenir et augmenter nos adhésions ». Mais la fragilité financière n’était pas tout. La marijuana, les gueules de bois à la tequila faisant capoter des réunions avec les principaux investisseurs, et une structure financière excentrique et étroitement contrôlée : c’en était trop pour les actionnaires. L'introduction en bourse a été retirée. La valeur de l'entreprise est passée de 47 milliards de dollars à 15 milliards de dollars. Son avenir demeure peut-être incertain, mais celui du coworking semble assuré.

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