Daniel Tammet :

Un monde plus vaste

Daniel Tammet partage autour d'un déjeuner à Saint-Germain des Près sa vision du monde. Il a déjà vendu plus d'un million d'exemplaires de ses 3 premiers livres consacrés à sa condition d'autiste savant et à sa vision du monde. Avec son premier roman, "Mishenka", il ambitionne de passer dans la catégorie supérieure: devenir un écrivain au sens large du terme.

 

Synesthésie: le superpouvoir

Daniel Tammet figure parmi les personnes les mieux placées pour parler d'autisme: "Dire que les autistes n'ont pas d'émotions est faux: leurs émotions ont d'autres objets. Pour moi ce sont les mots et les chiffres". Il s'est fait connaître en récitant le nombre "Pi" pendant 5 heures, mais aussi en apprenant l'Islandais en 7 jours et en effectuant de grandes multiplications sans effort apparent. Il a par ailleurs exercé comme professeur d'anglais en Lituanie et créé Optimnem, une méthode d'apprentissage de langues. La synesthésie constitue le point commun entre ces montagnes de  chiffres et de mots. Daniel Tammet dispose d'une théorie à ce sujet: "Je pense que tous les enfants apprennent de manière synesthétique. Les mots et les chiffres n'appartiennent pas à des ensembles distincts: couleurs, émotions, sens,... tout se mélange! Mais cette capacité disparaît progressivement, jusqu'à perdre même le souvenir de pouvoir apprendre comme cela". À ses yeux, il est par exemple beaucoup plus facile d'apprendre une langue en associant les mots, les sons, les images, les émotions et les couleurs.

« J’étais très heureux mais c’était un petit bonheur. »

Daniel Tammet

 

La science du bonheur

Dans ses trois premiers livres "Je suis né un jour bleu", "Embrasser le ciel immense" et "L'éternité dans une heure", l'auteur explorait les arcanes de l'esprit et du potentiel caché en chacun d'entre nous. De nature optimiste, il n'aime pas "le verre à moitié vide français" marqué par le fait de dénigrer. À ses yeux, "Il faut voir sa chance" et s'efforcer de la saisir. La sienne fut dans un premier temps de détecter une affinité entre les chiffres et les mots que la plupart des gens ne voyaient pas. Son bonheur fut alors de contribuer à faire aimer les chiffres au grand public. Mais, à l'image d'un enfant qui élargit constamment le territoire de ses rêves, Daniel Tammet repousse ses propres limites: il a d'abord échappé à l'autisme en imitant les personnages découverts avec avidité dans les livres. Puis il a quitté le confort du Kent où il menait une vie bien réglée pour s'installer à Paris d'où il rayonne dans le monde entier, de Stockholm à Montréal en passant par New York ou Tokyo. Il est connu comme expert, il veut désormais s'imposer comme romancier.


Mishenka

Pour son 4ème livre sans compter sa traduction des poèmes de Les Murray, Daniel Tammet a choisi de revenir sur un match d'échecs d'anthologie: Botvinnik-Tal en 1960. Les joueurs ont été renommés, mais le lecteur retrouve fidèlement le champion du régime, stalinien, scientifique dans sa logique et dominateur depuis 25 ans, opposé au joueur charismatique, fêtard et doté d'une créativité dont les mécanismes semblent appartenir au registre de la synesthésie. Comme l’ex champion du monde Vladimir Kramnik l'a confié à Daniel Tammet, "Les échecs, c'est comme une langue" et jouer peut représenter une manière de penser. Tammet n'est pas un as des échecs, mais il livre un roman très réussi et contrairement à "Rainman", il utilise sont talent pour des tâches plus utiles que le comptage d'allumettes: sa sensibilité permet de fournir un éclairage sur la condition humaine, les mécanismes d'apprentissage, la créativité et la recherche du bonheur.

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