Georgia Paphiti (UBS):

le pouvoir de l'audace

Comment réussir sa carrière dans le secteur financier, tout en élevant quatre enfants et en trouvant le temps d'écrire un livre de cuisine ? Georgia Paphiti, CFO et Regional Financial Controller d'UBS Europe, attribue son succès à l’auto-conviction, à la capacité de saisir les opportunités, au respect des autres, à la détermination et surtout à une volonté d’oser.

Comment a commencé votre carrière dans le secteur de la gestion financière ?


J'ai commencé à travailler à 13 ans seulement chez Coopers & Lybrand à Chypre. J'aidais mon père, électricien, dans ses installations de téléphone pendant les vacances d'été et j'ai remarqué un jour la porte ouverte du bureau du Managing Partner. Je suis entrée et j'ai dit : "J'ai besoin d'un travail payant". Il a ri. Je lui ai dit que je voulais gagner de l'argent pour mes études d'architecture. Après la guerre de 1974, mes parents se sont retrouvés réfugiés dans leur propre pays et ont été obligés de repartir de zéro. Pour étudier l'architecture, il fallait aller à l'étranger. Il m'a proposé un travail : j’ai effectué des stages estivaux pendant les quatre années suivantes. Après le lycée, j'ai bénéficié d'une Bourse pour étudier l'économie au Royaume-Uni. Une fois diplômée, j'ai été recrutée par Coopers & Lybrand à Chypre, où je suis devenue expert-comptable. Au cours des sept années suivantes, j'ai géré un vaste portefeuille d'audit, mandaté dans différents pays tout en exécutant parallèlement des missions en Pologne, en Russie et en Grèce. Je me suis mariée et j'attendais un enfant quand UBS (ex SBC), un de mes clients, m'a offert un nouveau poste consistant à créer et diriger un bureau à Chypre.

«Notre production s’inscrit dans le développement 

durable.»
 


Comment avez-vous géré cela ?​

Tout le monde me croyait folle : une femme enceinte doit naturellement rester à la maison, ou au moins ne pas quitter son employeur. Je souhaitais clairement  consacrer du temps à ma jeune famille, mais en même temps je ne voulais pas abandonner ma carrière. La seule solution consistait à demander à mon employeur potentiel de m'accorder de la flexibilité, même avant d'accepter le poste, du jamais vu à Chypre ! Personne avant moi n'avait probablement eu le courage de le demander. J'arrivais au bureau en retard ou je partais plus tôt, mais je veillais à ce que le travail soit fait, même si cela impliquait de travailler à la maison le soir. Je suis restée chez UBS Chypre jusqu'en 2014, avec des responsabilités non seulement locales, mais aussi en Russie, au Moyen-Orient, dans les pays nordiques et aux Pays-Bas. Lorsque la firme m'a proposé le poste de CFO d'UBS Luxembourg, ma famille a accepté avec joie de venir s'installer ici, et deux ans plus tard, j'ai pris des fonctions à l'échelle internationale, dirigeant l'équipe financière pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique.

Quelles sont les philosophies de vie et les intuitions qui vous ont aidées à progresser dans votre carrière ?

Au fil des ans, mes convictions se sont renforcées et elles m'ont aidées :  "Vous devez croire en vous, peu importe ce que les autres pensent", "Vous devez saisir les opportunités et ne pas avoir peur d'apprendre en chemin", "Le respect des autres est essentiel", et "N'abandonnez jamais". Ces convictions ne s’adressent pas spécialement aux femmes, mais je constate que bien souvent, elles ont peur de saisir les opportunités. Elles pensent ne pas posséder les compétences nécessaires, et il est fréquent qu'elles ne fassent pas carrière par peur d'échouer lorsqu‘elles ont fondé une famille. Nous entendons souvent dire que la solution consiste à embaucher davantage de femmes. Mais je pense de mon côté que la clé réside davantage dans la mise en valeur de l'aptitude à l'audace. Le changement pourra alors s'opérer depuis l’intérieur. Je n'entends plus dire aux femmes qu'elles ne pourront pas y arriver, une preuve que les choses s'améliorent. Mon équipe se compose pour moitié de femmes. Cela ne m'ennuie pas d'accorder de la souplesse si le travail se fait. J'ai confiance en mon équipe, je n'ai donc pas besoin de veiller à tous les détails de la gestion, même avec une équipe composée de 240 personnes réparties dans 20 pays. Je tente de connaître personnellement chaque membre de l'équipe et d'en savoir davantage sur lui hors du contexte du travail, car je pense que le leadership consiste surtout à s'adapter à chaque personne et à sa culture. Lorsque je travaille avec des femmes, je me rends compte qu'elles sont plus émotives et ont davantage conscience de ce que ressentent les personnes autour d'elles; elles ont besoin de se sentir respectées pour ce qu'elles sont. En revanche, les hommes ont parfois moins d'intelligence émotionnelle. En fin de compte, chaque personne - homme ou femme - reste différente, et chacune doit respecter l'individualité des autres.

Comment décririez-vous le Luxembourg par rapport aux autres pays dans lesquels vous vous rendez ?

Vous pouvez le comparer à Chypre, tant en termes de taille et de secteur tertiaire, mais le Luxembourg s’oriente d’avantage vers le secteur financier, au sein d'un environnement très bien organisé. Le pays tout entier travaille autour d'un intérêt commun : la promotion du pays à l'échelle internationale. Ma famille y réside, mes enfants parlent grec, anglais, français et allemand. Notre petit dernier, qui a maintenant cinq ans, parle parfaitement le luxembourgeois. Il me reste encore beaucoup à apprendre dans toutes ces langues. Nous adorons cet environnement international, ainsi que la propreté et la sécurité qui se dégagent de cette ville. J'aimerais juste que les luxembourgeois soient un peu moins réservés parfois, mais entre l'école, notre voisinage, le travail et l'université - où je donne des leçons particulières à quelques étudiants - de nombreuses opportunités de se faire de nouveaux amis et de rencontrer des personnes intéressantes se présentent.