Eloge du Japon

Marié à une ressortissante Japonaise et fort d’une longue expérience professionnelle sur place, un amoureux du pays du soleil levant nous fait part de ses expériences. Entretien.

 

L’art de la promiscuité

Pour comprendre le Japon, je recommande de commencer par ouvrir un livre de géographie : le territoire s’étend sur une superficie représentant les deux-tiers de la France, mais un tiers à peine s’avère habitable. Or, sur cette surface confetti, plus de 120 millions d’habitants s’agglutinent, soit le double de la population hexagonale. Cette promiscuité explique le comportement souvent incompris des japonais : la civilité dans ce pays permet avant tout d’éviter de se marcher les uns sur les autres. Tout est dans la forme ! Le fond est secondaire ! Les gens saluent même les personnes qu’ils n’apprécient pas et si vous demandez votre chemin en anglais, il n’est pas rare d’être guidé avec le sourire dans la mauvaise direction ! Personne ne dit «non» au Japon. C’est le théâtre à longueur de journée. 

« Sur cette surface confetti, plus de 120 millions d’habitants s’agglutinent. »

 

Première impression

Jeune, j’étais plutôt attiré par l’Indonésie ou l’Amérique du Sud. Lorsque j’ai débarqué au Japon pour y travailler, j’ai pris la population et ces autoroutes empilées les unes sur les autres en pleine figure. Je trouvais cela assez moche. Progressivement, le «Gaijin» («étranger», ndlr) que j’étais a découvert des ilôts de beauté : temples, jardins, maison. De grands contrastes ; des idées architecturales géniales. Une grande liberté de création, sans peur de détruire un monument. Les temples japonais sont reconstruits périodiquement car les experts ont hérité des techniques anciennes. Par opposition, la France a hérité du romantisme un goût prononcé pour les ruines. 

 

Ryokan, kaiseki et théâtre Nô

Personnellement, je suis très sensible aux codes de cette culture en général et au kaiseki en particulier, un art culinaire hérité de la cour de Kyoto qui se déguste idéalement dans un ryokan. Avec ma femme, nous nous rendons régulièrement dans ces auberges traditionnelles. Comme les japonais arrivent à 5h du soir et repartent le matin à 9h, nous restons deux jours pour profiter du ryokan vide! La journée débute avec l’enlèvement du futon qui transforme la chambre en salon. Nous prenons le petit-déjeuner dans la chambre ou dans la salle publique et nous baignons dans des piscines à différentes températures, voire dans des fûts en bois, pierres ou ruisseaux : le cadre naturel crée un contexte atemporel. Clou de la journée, nous dînons dans la chambre : la cuisine kaiseki, combine des plats succulents avec un rituel ancestral : le fond se trouve encore dans la forme ! Dans certains ryokan - notamment à Kagaya - nous assistons ensuite à un représentation de théatre Nô. Mais attention, ceux qui le souhaitent peuvent se connecter à la 4G !

© 360Crossmedia

Screenshot 2020-07-10 at 12.51.48.png