KILIAN JORNET :

COURIR OU MOURIR

IL A TRANSFORMÉ LE SKYRUNNING OU LA “COURSE DU CIEL” ET A BATTU TOUS LES RECORDS POSSIBLES. MAINTENANT, IL EST AU

SOMMET DE SA VIE, AVEC L’EVEREST EN VUE. INTERVIEW.

KILIAN, VOUS AVEZ POPULARISÉ UNE AUTRE FAÇON D’ABORDER LA MONTAGNE : PLUS LÉGER, PLUS RAPIDE. PLUS DANGEREUX AUSSI ?

Le danger est subjectif. Il demeure un choix. Partir léger en étant rapide est dangereux dans un contexte mais plus sûr dans un autre. Oui, si vous partez léger, vous prenez plus de risques. C’est pour cette raison que je dis toujours qu’il faut être bien conscient de ses capacités et de ses compétences afin de mesurer les limites et savoir où il faut s’arrêter.

VOUS ÊTES À LA FOIS UN COMPÉTITEUR QUI PARTICIPE À DE CÉLÈBRES COURSES ET UN AMOUREUX DE LA NATURE, QUI SE RETROUVE HEUREUX, SEUL DANS LA MONTAGNE. COMMENT GÉREZ-VOUS CE PARADOXE, SURTOUT QUAND UN HÉLICOPTÈRE GIGANTESQUE VOUS SURVOLE EN MONTAGNE ?

À mon avis, c’est une question d’équilibre, sachant que j’ai passé 80% de mon temps seul dans les montagnes, et le reste en compétition, ou avec les médias. Donc, à ce jour, je peux dire que je passe plus de temps dans le silence des montagnes. C’est ce que j’aime, parce que j’aime aussi cette partie de la course, connaître d’autres athlètes et d’autres personnes.

L’HUMILITÉ CONSTITUE VOTRE MARQUE
DE FABRIQUE. COMMENT TROUVEZ-VOUS
LES JEUNES DE LA “GÉNÉRATION REDBULL”, PRÊTS À RISQUER LEUR VIE SUR UN VÉLO, DANS UNE WINGSUIT OU DANS LES PARCOURS DE SKI POUR QUELQUES MOMENTS DE CÉLÉBRITÉ ?

C’est difficile à dire. D’une part, je comprends cette précipitation, la montée d’adrénaline et l’esprit de faire quelque chose que personne n’a fait auparavant. Néanmoins j’aime vivre et, dans mon cas, je prends des risques mais j’aime avoir le contrôle dessus. Par exemple, je ne ferai pas de l’athlétisme technique si je ne suis pas très bien préparé et si je vais probablement mourir !

COURIR ET GRIMPER LES MONTAGNES PARAÎT ÊTRE POUR VOUS ESSENTIELLEMENT UNE QUÊTE DU BONHEUR. L’AVEZ-VOUS RETROUVÉ ? SINON, LE DANGER N’EST-IL PAS JUSTEMENT LE FAIT DE VISER PLUS HAUT, ET ENCORE PLUS HAUT ?

C’est une quête constante. J’ai retrouvé des moments de bonheur absolu, mais le fait d’avoir de nouveaux projets en tête reste toujours une bonne façon de rester motivé et de courir après ce bonheur. 

« Le danger est subjectif. C'est toujours un choix. »

Kilian Jornet

QUEL SERAIT LE BUSINESS MODEL POUR
UN SKYRUNNER ? LE PARRAINAGE ? LES CONFÉRENCES ? EMPORTER DES COURSES ? LES LIVRES ? DVD ? GESTION DES SPORTS ? TOUT CE QUI PRÉCÈDE ? UN TOUT AUTRE MODÈLE ?

Je suis très chanceux d’avoir des sponsors qui font briller ma vie quotidienne et qui me permettent de m’entrainer et de faire des compétitions à travers le monde.

VOTRE DERNIER LIVRE EST “COURIR OU MOURIR”. QUE SE PASSERA-T-IL QUAND VOS JAMBES VOUS DEMANDERONT “ARRÊTEZ”. Y’A-T-IL UNE VIE APRÈS LA COURSE ?
Oui ! Je suppose que dans quelques années, je ne serai plus capable d’être au même niveau mais je suis sûr qu’il y aura toujours une façon d’être connecté à la montagne et à la nature.

CE PROJET PARAÎT ÊTRE LA SYNTHÈSE
DE LA MARQUE “KILIAN JORNET” : INSPIRANT, SOCIAL, VIRAL. EST-CE LÀ VOTRE ULTIME LÉGITIMITÉ DANS LE SKYRUNNING ?
UNE NOUVELLE MANIÈRE DE VIVRE ET
DE FINANCER UN RÊVE ET UN MODE DE VIE ?
Bon, ce n’est pas vraiment le Skyrunning, comme c’est un mélange entre l’alpinisme et le fait d’être léger et rapide en partant en montagne. Au moment où nous avons commencé le projet, nous avons essayé de résumer toutes mes valeurs et de les mettre sur la voie de la réalisation du rêve. C’est ainsi que le projet est né. Nous sommes maintenant à moitié chemin et c’est un incroyable voyage.

VOUS ÊTES PRÉSENT À LA MAISON 15 JOURS PAR AN. EST-CE LE PRIX À PAYER POUR VIVRE SA PASSION ? OU EST-CE LA SEULE FAÇON DE BATTRE DE NOUVEAUX RECORDS COMME VOUS L’AVEZ FAIT EN 2014 ?

Je suis vraiment un nomade. J’aime être dans différents lieux et je ne me soucie pas vraiment de ne pas passer plus de temps à la maison, cela veut dire que j’ai l’occasion de découvrir de nouvelles montagnes à travers le monde !

GOGOGUÉ, UN PERSONNAGE FICTIF QUE VOUS AVEZ INVENTÉ, VOULAIT ÊTRE LE GARDIEN
DE LA TERRE. QUEL EST LE STATUT DE CE PROJET ?

Uniquement de savourer et d'essayer de réaliser les choses selon mes valeurs.