Serge Krancenblum (LAFO) : La transformation du family office

Selon, Serge Krancenblum, Président de la LAFO, le cadre légal des multi family offices doit s’adapter à l’évolution de la profession. Interview.

 

Pourriez-vous présenter la LAFO en quelques mots ?

 

Notre association a vu le jour en juin 2010. Elle représente les professionnels du secteur des family offices. Nos trois missions consistent en la gestion d’un forum d’échange et d’information pour les family offices, la représentation de l’industrie auprès des pouvoirs publics et la promotion du Luxembourg en tant que place financière pour les familles fortunées du monde entier. Dès sa création, la Luxembourg Association for Family Offices (LAFO) ambitionnait d’aider à la professionnalisation du métier de family officer. Afin de réaliser cet objectif nous avons œuvré à la création d’une loi sur les multi-family offices. Elle a, d’une part, donné un cadre au besoin de transparence des rémunérations vis-à-vis des clients et, d’autre part, consacré l’honorabilité des acteurs du secteur.

«  Les grandes familles investissent de plus en plus dans des actifs non liquides, comme le Private Equity/Real Estate. »

Comment la LAFO travaille-t-elle au développement du secteur du family office ?

 

Il existe aujourd’hui au Luxembourg un nombre important de single-family offices n’apparaissant pas comme tels car ils prennent généralement la forme de structures d’investissements pour des familles internationales ou résidentes.  A côté, existent un certain nombre de multi-family offices, souvent organisés par des professionnels ayant déjà une autre licence - gestionnaires de fortune, domiciliataires ou banques – qui créent un département spécifique. En revanche les purs multi-family officers connaissent des difficultés car ils doivent faire une demande d’agrément de Professionnel du Secteur Financier à la CSSF, en consentant des investissements très importants. Leur business model se trouve donc sous pression. Pourtant, les family officers ne gèrent pas les actifs : ils assurent l’administration du patrimoine des familles et supervisent et coordonnent les différents professionnels qui travaillent pour celles-ci. Ils ne devraient donc pas se voir appliquer par le régulateur les mêmes critères de surveillance qu’un gérant de fortune. Nous souhaitons donc faire évoluer la loi du 21 décembre 2012 afin de permettre à des boutiques multi-family offices d’exercer à Luxembourg sans faire face à un coût réglementaire trop élevé tout en conservant les absolus en matière de transparence et de d’honorabilité.

 

Comment expliquez-vous la croissance rapide du métier ?

 

La stabilité du Grand-Duché et le savoir-faire de la place financière attirent deux types de Family Offices : premièrement, des grandes familles luxembourgeoises ou celles venues habiter au Grand-Duché ; deuxièmement, des familles internationales qui utilisent la place pour créer leur véhicule faîtier d’investissement et qui engagent ici une équipe chargée d’administrer leurs affaires en Europe ou à l’international. Les FO prisent le Luxembourg car il demeure un des rares pays où trouver des solutions - institutionnelles notamment - pour familles d’« Ultra High Net Worth ». La palette unique de solutions juridiques et de véhicules réglementés et non réglementés facilitent l’organisation de leur patrimoine. 

 

Quels défis et opportunités identifiez-vous au cours des 5 prochaines années ?

 

De manière générale, le métier se professionnalise. Traditionnellement, il revenait à d’anciens banquiers qui s’occupaient uniquement des actifs financiers. Les grandes familles investissent de plus en plus dans des actifs non liquides, comme le Private Equity ou l’immobilier. D’autres compétences s’imposent pour la supervision de ces actifs. L’avenir des multi-family offices se situe dans le renforcement de compétences multi-actif. Aujourd’hui, les familles souhaitent également que les multi-family offices assurent une pérennité dans la relation. Ces deux tendances vont conduire à des regroupements de professionnels dans les années à venir.

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