Laurent Simeoni (ING) : gestion active, gestion passive

La gestion de fonds de fonds active capitalise parfois sur la gestion passive et vice versa. Une interview de Laurent Simeoni, Head of Portfolio Management Services chez ING.​​

Comment analysez-vous la récente performance du marché des fonds ?

Tout d’abord, j’aimerais préciser que le marché des fonds devient un marché double puisqu’il faut désormais différencier le marché des fonds dit « actifs » et la gestion « passive » de fonds utilisant les ‘trackers’ et les fonds indiciels cotés en bourse pour reproduire la performance d'un marché de référence. Une étude de Morningstar basée sur 750 fonds de gestion active a montré que seulement 40% d’entre eux avaient surperformé leur indice de référence au cours des cinq dernières années et ce, avant même de prendre en compte les frais de gestion facturés par les gérants de ces fonds. Ce phénomène explique le succès croissant de la gestion passive depuis 5 ans. Il convient toutefois de mettre ce constat en perspective : dans un marché haussier, la gestion passive se révèle apte à générer de la performance mais en revanche, dans un marché baissier, la gestion active peut surperformer, notamment grâce à un ciblage des bons gérants et des bonnes zones géographiques. D’un point de vue général, la gestion active sous-performe plutôt  aux États-Unis, où le marché semble plus efficient, alors qu’elle se distingue plus facilement en Europe et dans les pays émergents. Le retour de la volatilité observé en ce début d’année 2018 permet aux investisseurs de constater que les bons gérants actifs ont surperformé les gestions passives.

« Nous entrons dans une version active de la gestion passive ».

 

Comment cela impacte-t-il vos performances ?

Nos spécialistes des fonds composent les portefeuilles en mélangeant des convictions fortes sur des gérants actifs et l’utilisation de fonds passifs dans les zones géographiques où la gestion active peine. Ceci a permis aux fonds de fonds d’ING à Luxembourg d’afficher de très bonnes performances en 2017. Le fonds ING Aria Lion Balanced - avec 50% d’actions - a terminé l’année avec un gain de 5,03%. Le compartiment ING Aria Lion Agressive -100% actions- a délivré, quant à lui, une performance de +8,83% contre +6,49% pour l’indice Euro Stoxx50 en 2017. Ces résultats placent nos fonds de fonds dans le haut du classement des fonds profilés de la place luxembourgeoise pour l’année passée.

Quels risques et opportunités identifiez-vous ?

Le principal risque de l’industrie des fonds réside justement dans l’engouement permanent des investisseurs pour les gestions passives et autres ETFs (Exchange Traded Funds, ndlr). Si les ETFs devaient atteindre une part de marché trop importante, cela créerait une situation de bulle. Selon l’association des gestionnaires d’actifs américains, l’encours des ‘trackers’ aux États-Unis correspond à 13% de l’ensemble des fonds, cotés et non cotés. 25% des fonds d’actions domestiques américaines sont indiciels. En Europe, les ETFs représentent à peine plus de 1% des encours cotés. Nous sommes donc encore assez loin d’une inondation du marché de la gestion d’actifs par les fonds passifs. Le véritable risque vient plus probablement du désamour constant des investisseurs pour la gestion active. Par exemple, aux États-Unis, en 2016, les fonds actifs domestiques ont perdu 277 milliards de dollars, tandis que les ETFs indiciels et les fonds classiques indiciels gagnaient respectivement 167 et 115 milliards de dollars. Les investisseurs ont visiblement fait leur choix entre conviction de gestion et coût du produit.

Les ETFs présentent-ils des risques ?

En Europe, le débat sur le risque structurel des ETFs a toujours été lié à la méthode de réplication. Deux catégories d'ETFs existent sur le marché européen : d’abord les ETFs physiques, qui répliquent un indice en détenant physiquement l’intégralité ou un échantillon représentatif de ses constituants. Ensuite, les ETFs dits "synthétiques", qui offrent la performance de l'indice à travers des swaps, qui sont des produits dérivés. Les 2 méthodes présentent des risques car les ETFs physiques ont parfois recours au prêt de titres. Nous devons nous rappeler que pendant la crise financière de 2008, certains émetteurs d’ETFs ont connu de réels problèmes de liquidité ou de débouclement de ces prêts de titres. 


Quel est l’impact de MIFID II sur les fonds ?

Les nouvelles règles de cette réglementation imposent une transparence sur les coûts supportés par l’investisseur d’un fonds. Cette règlementation pourrait devenir une menace pour les fonds actifs car ils se révèlent souvent chers. Les sociétés de gestion active effectuent actuellement un travail de réduction de leurs coûts par la mise à disposition de parts de fonds moins chères ou par la réduction de leurs frais administratifs. Dans le même temps, des trackers plus intelligents mais aussi plus chers apparaissent sur le marché. Ces trackers ‘Smart Beta’ permettent d’investir selon d’autres critères que la capitalisation boursière qui régit les indices boursiers classiques. Ils offrent de nombreuses perspectives pour diversifier un portefeuille ou surperformer les indices classiques. Nous entrons dans une version active de la gestion passive.

Comment une société comme ING s’adapte-t-elle à ce contexte ?

ING à Luxembourg a développé au cours des dernières années une véritable expertise dans la gestion de fonds et de fonds de fonds, reconnue au sein du groupe ING. Ceci s’est concrétisé en 2017 par le lancement d’une gamme de fonds de trackers. Ce produit est désormais distribué en Allemagne, en Autriche et au Luxembourg et vient s’ajouter à une gamme existante de 5 fonds de fonds et de 3 fonds obligataires déjà gérés par l’équipe du Portfolio Management Services.