Loïck Peyron: le communiquant​

Vainqueur de la Route du Rhum, de la Transat, ex-recordman du Trophée Jules Verne, et membre de l'équipe Alinghi en 2010, Loïck Peyron a rejoint l'équipe Artemis en 2012. Interview.

Quelles sont vos impressions sur cette America's Cup ? 

Il s'agit de ma troisième campagne. J'observe beaucoup d'évolutions. L'édition de 2013 était marquée par la confirmation des multicoques et l'introduction des bateaux volants. Celle de 2017 se concentre sur un business modèle permettant de rendre la coupe plus attractive et plus pérenne. La coupe combine désormais action, technologie et aventure : nous n'avons plus rien à envier aux sports mécaniques ! Cela dit, la voile n'est pas un sport populaire. Comme  il est difficile d'intéresser le grand public, le but du jeu entre les finales est d'aller montrer la coupe partout dans le monde. Par contre, le genre humain adore les spectacles et notamment de combats de gladiateurs !  La coupe de l'America a longtemps ressemblé à une vieille dame de plus de 150 ans qui a été régulièrement liftée. Je pense qu'elle a été occise à San Francisco et que son ADN a été extrait ! Malheureusement, comme dans toutes les révolutions, le nombre de têtes coupées est exagéré. D’un point de vue marin, nous avons perdu certains savoir-faire. La manière dont 18 mecs devaient chorégraphier leurs mouvements sur des class america avec des cordes dans les mains me manque un peu. Là vous pourriez pratiquement remplacer 4 bonhommes sur 6 par des batteries !

 

 

« Un grande partie du résultat sur l'eau se passe à terre. »

Quels sont les facteurs décisifs d'une telle compétition ?

Déjà à l'époque d'Henri le navigateur, il fallait des fous furieux et des financiers pour que les bateaux partent au bout du monde. L'extension du genre humain est souvent passée par la mer, sous l'impulsion d'intérêts commerciaux. Nous en revenons à cela. Les premières régates se disputaient entre clippers qui ramenaient du thé et qui voulaient arriver les premiers sur les marchés. Je recommande d'ailleurs la lecture du livre "La course au thé", de John Masefield. Charlie Barr faisait du commerce avant de devenir plusieurs fois vainqueur de la Course de l'America. Même à Saint-Malo, les bisquines de pêcheurs de Cancale et celles de Saint-Malo s'affrontaient dans des combats fratricides ! Clairement, l'argent constitue le nerf de la guerre. L'America's Cup a toujours été l'occasion pour des armateurs privés de s'affronter. En France, la baron Bich a été le dernier à financer une campagne. Le problème si vous ne vous appuyez que sur des sponsors est double : d'abord, vous devez assurer beaucoup d'obligations, notamment dans le cadre d'opérations de relations publiques. Et ensuite vous avez du mal à faire le lien entre 2 éditions. Actuellement, en France les sponsors arrivent trop tard, et il est difficile de rattraper le temps perdu. Même des équipes comme la Nouvelle-Zélande s'appuient sur des investisseurs privés, ce qui leur permet de poursuivre leur travail sans interruption entre deux éditions.

 

 

Comment imaginez-vous la suite ?

Je pense que les choses vont continuer à évoluer dans tous les domaines: si les Néo-Zélandais l'emportent, ils risquent d'imposer une règle visant à imposer 50% de nationaux dans chaque équipe. Au niveau de la France - le seul pays capable de réunir 2 millions de personnes le long des côtes pour des courses en solitaire !- j'espère que des investisseurs privés vont sortir de l'ombre. À titre personnel, je pense que la voile dispose d'un véritable potentiel comme e-game également. Je vais étudier les possibilités avec Philippe Guigné, qui fidélise 500.000 personnes sur son jeu pendant les courses autour du monde! Il y a 30 ans, j'étais le premier marin à avoir un macintosh à bord qui disposait d'ailleurs de la première version de Simcity ! J'ai toujours eu un faible pour la technologie !

 

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