Margrethe Vesatger : 

La croisade fisacle

Margrethe Vestager, Femme de l'année du Financial Times en 2016, partage ses idées en tant que commissaire européenne à la concurrence. Une croisade lancée sans crainte contre Google, Amazon, Fiat, Gazprom et Apple, entre autres, au sujet des taxes rullings.

Vous avez dit « En affaires la loi s’applique, pas l’éthique ». À la lumière de l’importance grandissante de la politique dans les affaires, pouvez-vous nous expliquer cette vision ?

Je suis souvent interrogée au sujet des valeurs à la base de notre politique de concurrence. Plus précisément, les gens posent la question au sujet du rôle des politiques. Nous pouvons voir les politiques d’application des règles de concurrence sous trois angles, en commençant par savoir si les politiques de concurrence sont ou non basées sur des valeurs et principes politiques. La réponse évidente passe par l’affirmative. Nos fondateurs font des choix politiques lorsqu’ils rédigent les traités. Conserver des marchés justes, équitables et ouverts se montre bénéfique pour nos économies et nos sociétés. Cela établit un bon environnement d’affaires en Europe au sein duquel les sociétés peuvent innover, générer de la richesse, créer de l’emploi et investir dans l’avenir. Le second ange correspond à celui-ci ; est-ce que l’application des règles de la concurrence touche à des priorités politiques plus larges ? Ceci façonne-t-il les actions règlementaires et autres prises afin de mettre en pratiques de telles priorités ? À nouveau, je réponds par l’affirmative.

La Commission Junker comporte des objectifs politiques clairs, le Collège des Commissaires fonctionnant comme une équipe. Les politiques de concurrence – et moi-même comme Commissaire à la Concurrence – y disposons de notre propre place de représentants chargés de faire appliquer la loi. Cependant, je prendrai part à l’achèvement d’objectifs plus larges de la Commission, notamment en aidant mes collègues sur leurs dossiers.

Le troisième angle de vue ; dans les cas individuels, l’application des règles de concurrence est-elle politisée ? Ici, un non retentissant s’impose comme réponse. Nous faisons appliquer la loi et nous servons l’intérêt commun. Nous attachons de l’importance aux principes d’équité, de bonne administration, de transparence ainsi qu’aux bonnes pratiques. Nous ne permettons tout simplement pas les interférences politiques.

 

Quel regard portez-vous sur la décision de la Cour de Justice Française d’annuler les 2,4 milliards d’euros d’obligations fiscales de Google ?

 

Il s’agit là d’une question pour les autorités françaises appliquant les règles fiscales nationales. La France a annoncé qu’elle souhaitait faire appel du jugement de la Cour. Nous agissons seulement en arrière-plan, examinant cela au travers du point de vue Européen des règles en matière d’aides aux États, si des doutes résident dans le fait qu’un État Membre puisse donner une aide fiscale spéciale à une ou plusieurs sociétés. Quelque chose créant un biais dans la concurrence.

 

 

 

Pouvez-vous nous donner votre avis sur la série « Borgen », dans laquelle vous avez été l’inspiration du personnage principal d’Adam Price ?

 

J’ai beaucoup apprécié cette série car elle explique très bien le fonctionnement des politiques Danoises. Au Danemark, aucun parti n’a eu la majorité au Parlement depuis plus d’un siècle. Afin de trouver une majorité aux suggestions politiques proposées, les membres du gouvernement sont habitués à négocier. L’art résidant dans la capacité à établir des compromis devient ainsi une compétence de base nécessaire à tout politicien Danois. Dans la série, une grosse partie des négociations a été accélérées, laissant place à l’action. J’apprécie beaucoup cela.

 

 

Quel(s) vœu(x) souhaiteriez-vous voir exaucé(s) si vous disposiez d’une baguette magique ?

 

De nombreuses problématiques pourraient être résolues grâce à une baguette magique. En restant réaliste, les gens devraient comprendre et réaliser que nous travaillons à trouver des solutions sur d’énormes challenges comme le changement climatique, l’immigration et les nouvelles technologies changeant nos vies. Un marché resté libre et ouvert à tous où nous sommes traités équitablement.