Michael Lange (MEBS) :

Les administrateurs indépendants : garants de l’éthique d’entreprise

MICHAEL LANGE, COFONDATEUR ET ASSOCIE CHEZ MEBS, SPECIALISTE DE LA GOUVERNANCE, REVELE QUE LES QUESTIONS SOULEVEES PAR L’AFFAIRE PANAMA PAPERS CONCERNENT LE RESPECT DES LOIS ET TRAITES, PLUTÔT QUE LEUR INSUFFISANCE, ET QUE LES ADMINISTRATEURS INDEPENDANTS ONT UN RÔLE CAPITAL DANS L’ETHIQUE D’ENTREPRISE.

QUE PENSEZ-VOUS DES RÉVÉLATIONS PANAMA PAPERS ?
Je le vois comme un faux problème. Nos économies sont gouvernées par des lois et des traités. Les structures offshore peuvent avoir été abusées par certains, mais cela ne signifie pas qu’elles sont le problème. Vous ne pouvez pas rendre le constructeur automobile responsable si quelqu’un décide de dépasser la vitesse autorisée! Pour beaucoup il est opportun de rendre responsable Panama ou le secteur offshore, mais la réalité est plus complexe. Les sociétés internationales ont aujourd’hui besoin d’employer leur capital tout en modérant leurs risques. Pour les sociétés, utiliser la solution la plus adaptée est vital pour rester concurrentiel à l’échelle internationale et survivre à long terme. Les gens honnêtes ne devraient pas être punis – tant que les gens respectent la loi, il n’y a pas de problème. Le véritable problème est qu’aujourd’hui nul n’est à l’abri de faux documents. Je crois que les sanctions devraient être plus sévères et proportionnées. A l’heure actuelle un vendeur de pizzas qui enfreint une règle mineure voit immédiatement son activité arrêtée, tandis que quelques grands groupes semblent frauder en toute impunité.

«  Personne n'est à l'abri de documents falsifiés »

Michael Lange (MEBS)

 

QUEL RÔLE JOUENT LES ADMINISTRATEURS INDÉPENDANTS DANS LA GOUVERNANCE ?

C’est une nécessité absolue. Un administrateur indépendant doit relever deux défis. Il doit justifier sa fonction en aidant la société à atteindre le palier supérieur : il est également le garant de l’efficacité de l’entreprise et de la protection de ses actionnaires. Il est comme un visiteur étranger à la famille qui peut dire : « je ne suis pas d’accord avec ce que vous faites, aussi je démissionnerai à moins que vous ne changiez ».
Il est libre d’influencer la vision d’entreprise. Jusqu’à récemment, les sociétés croyaient souvent qu’elles ne pouvaient pas se permettre de passer à côté d’un client. L’administrateur indépendant est là pour rappeler aux dirigeants que dans certains cas, ils ne peuvent se permettre d’accepter le client. Il agit comme un conseiller de confiance pour garantir que les décisions prises le sont dans l’intérêt de tous. Telle une baleine dont le sonar

se dérègle, les sociétés qui perdent leurs repères moraux mourront.

QUELLES SOLUTIONS EXISTENT POUR EMPÊCHER LA FRAUDE ET L’ÉVASION FISCALE ? 

Je ne crois pas en l’union fiscale. Même dans un environnement mondialisé, les états ne renonceront pas à décider de leur politique fiscale. Cela dit, de nombreux états ne réussiraient pas le test de solvabilité et donc une meilleure gouvernance au niveau national devrait envoyer un signal fort. La plupart des hommes politiques ont une vision à court terme ; ils sont soumis aux pressions et pouvoirs, sans compter les promesses électorales. Ils doivent comprendre que la fiscalité est une chose, mais contrôler les dépenses est aussi essentiel. Cela permettrait un taux d’imposition plus équitable. J’adopterais le système néerlandais où les contribuables sont sous surveillance permanente et doivent être capables de justifier leurs revenus s’ils sont contrôlés, sous peine de confiscation. Nous pourrions investir tant d’argent pour lutter contre la pauvreté, construire des hôpitaux et financer la recherche. Toutefois cela exige des personnes incorruptibles – si on peut les trouver !