Norbert Friob : l’entrepreneuriat dans le sang

Bâtisseur dans l’âme avec 56 entreprises créées
ou dont il est actionnaire, Norbert Friob ne compte pas s’arrêter là. Une carrière si remplie qu’une vue aérienne de Junglinster laisse apparaître à quel point les entrepreneurs peuvent façonner la vie et le développement d’une ville. Interview.​

Comment avez-vous débuté ?

Ma rencontre avec Arthur Nilles joue le rôle de déclencheur. Il employait 15 ouvriers dans le domaine de la charpente traditionnelle tandis que je développais Batisco, une agence technico-commerciale avec un département parachèvement et bâtiments préfabriqués. Avec la construction du Cactus d’Esch et de General motors à Bascharage, le succès de notre expérience commune mena à l’idée d’unir sa capacité de production avec mon service technique et commercial.

« Notre force résidait dans
notre vision, et la complémentarité des compétences. »

 

Pourquoi Junglinster ? 

Les ouvriers d’Arthur habitaient la région. Une option consistait à se tourner vers Kehlen mais nous lorgnions sur les 3 hectares d’une scierie à l’arrêt à Junglinster. Nous voulions créer 100 emplois en 10 ans, objectif finalement atteint en seulement deux années. En 1972, le bourgmestre, Gaston Stein, père d’Yves Stein CEO de la KBL, nous a permis d’acheter un terrain avec option sur un complément à un bon prix, qui donna naissance à Préfalux. Grâce à la qualité de nos produits et de notre main d’œuvre la croissance connut une hausse soutenue, mais à la fin des trente glorieuses, CECO, notre principal client, déclara faillite. Non seulement nous perdions un client, mais en plus, il nous laissa une ardoise de plusieurs millions de francs Luxembourgeois. Notre banquier – un véritable partenaire – nous accorda immédiatement en crédit la créance perdue, début d’une nouvelle ère de travail acharné pour surmonter les difficultés.

 

A partir de là, comment avez-vous développé vos entreprises ?

Notre force résidait dans notre vision : par exemple le regroupement de 12 corps de métiers. Promoteurs d’un changement de mentalité au Grand-Duché, l’engagement d’Arthur à la Chambre des Métiers a permis d’impulser le regroupement de métiers complémentaires sous un brevet de maitrise. Nous proposions des solutions de plus en plus complexes, auparavant réservées aux sociétés étrangères, qui permirent de décrocher les contrats des chantiers de la Coque ou de la station en Antarctique. A titre personnel, l’utilisation d’un grand calque à rythme régulier m’aide à analyser ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et la direction à prendre. Cette approche donna naissance à Cibat au Luxembourg en 1979, le premier “do it yourself” et centre d’information du bâtiment du Luxembourg. Puis de reprendre Clément en 1984 qui aboutira à un réseau de magasins de négoce avec 5 adresses. En 1990, FNP – Friob Nilles Poeckes – est issu d’une restructuration, où chacun des partenaires est engagé à part égale dans toutes les sociétés du groupe. Depuis, le panorama à Junglinster évolue considérablement avec les centres commerciaux à Junglinster, Langwies 1 et 2, sans parler du centre commercial alternatif rue de Hollerich. 

 

Quelles leçons tirez-vous de ces expériences ?

Beaucoup disent que la base de tout réside dans l’humain: c’est vrai. Il faut accepter les défauts de chacun et capitaliser sur l’expérience. Cela permet de s’entourer de personnes dévouées au groupe. Mon approche relevait parfois de l’utopisme en prenant des décisions sur une expérience personnelle. A mes débuts, les commissions représentaient ma rémunération, et au moment de me mettre à mon compte, mon patron me proposa d’entrer au capital en créant Batisco : une nouvelle vision de l’entreprise s’offrait à moi. Plus tard, souhaitant dupliquer ce système pour en faire bénéficier mes employés, 1% du salaire de chacun de mes employés était placé sur un compte, avec 1% supplémentaire offert. Au bout de 5 ans, chaque employé pouvait choisir de prendre l’argent ou de l’investir. 100% des ouvriers ont vendu. Je pense qu’il faut toujours écouter le marché. Les firmes traditionnelles qui n’évoluent pas rencontrent souvent des difficultés. Enfin, je pense qu’il est essentiel de ne pas craindre de se tromper, tout en veillant à ne jamais reproduire la même erreur 2 fois !