Romain Schneider : Le Luxembourg, pôle d'excellence de la finance inclusive 

Romain Schneider, Ministre de la Coopération et de l'Action Humanitaire du Luxembourg, nous fait part de son point de vue concernant la finance inclusive et la valeur ajoutée du Grand-Duché dans le secteur.

 

Pourriez-vous présenter brièvement la microfinance ?

La microfinance telle qu’elle est connue aujourd’hui est apparue dans les années 1970 au Bangladesh, en tant qu’initiative fournissant des microcrédits (petits prêts) à des personnes vivant en marge de la société, dans les pays en voie de développement et émergents.

En favorisant le développement économique et l’autonomisation, les projets visent à aborder et à résoudre les problèmes des micro-entrepreneurs et à faciliter la création de petites entreprises.

La microfinance a bénéficié d’une visibilité accrue depuis 2006, date d’obtention par Muhammad Yunus du Prix Nobel de la Paix pour son travail pionnier dans ce domaine. Aujourd’hui, la microfinance fait partie d’une structure plus large – la finance inclusive – qui offre un éventail de services élargis aux plus démunis, comme des retraites, des possibilités d’épargne, des assurances ou de la finance digitale, destinée à cette population cible.

 

Quelle valeur ajoutée apporte le Luxembourg en termes de finance inclusive et de microfinance ?

À travers le ministère des Affaires étrangères et européennes et le ministère des Finances, le gouvernement du Luxembourg consacre 1% de son RNB au développement de la coopération et la finance inclusive. Dans ce dernier domaine le Luxembourg peut fournir une expertise solide et une valeur ajoutée. À titre d'exemple, les ministères, en association avec la BEI, investissent 3,6 millions d'euros sur les deux années à venir afin de fournir une assistance technique aux institutions de microfinance dans des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Dans le secteur financier, 1/3 des fonds mondiaux investissant en microfinance sont domiciliés au Luxembourg.

L'investissement à impact social représente désormais un nouveau marché de niche pour le centre financier et contribue à une nouvelle facette de son expertise. Par exemple, des institutions comme LuxFLAG peuvent attribuer un label microfinance aux fonds qui respectent des critères de qualité spécifiques.

 

 

« Nous avançons désormais vers la finance inclusive 3.0. »

 

 

Pouvez-vous nous donner trois exemples de réussite en matière de finance inclusive ?

Je reviens du Burkina Faso où j’ai visité un projet mené par SOS Faim Luxembourg : des fonds sont mis à disposition d’agriculteurs afin de stimuler l’agriculture familiale et de lutter contre l’exclusion sociale de la structure familiale toute entière. La technologie joue également un grand rôle et aide les bénéficiaires à prévoir leurs stocks, à les gérer et à améliorer les systèmes de livraisons. Ces avancées technologiques peuvent s’observer à travers tous les secteurs. Nous avançons désormais vers la finance inclusive 3.0. De plus, en soutenant les plateformes d’investisseurs privés comme LMDF, le gouvernement se concentre
sur les stratégies d’investissement à effet multiplicateur.
LMDF tire parti du soutien financier du gouvernement de manière multiple en réunissant des investisseurs publics et privés autour d’un véhicule d’investissement à forte orientation sociale dans les pays en voie de développement. En termes de visibilité, le Prix européen de la microfinance, co-organisé par e-MFP
et InFiNe.lu – deux autres organisations soutenues par le gouvernement – joue un rôle crucial. Chaque année, une sélection d’experts en microfinance, présidée par Son Altesse Royale la Grande-Duchesse de Luxembourg, remet un prix à un projet innovant dans des domaines spécifiques. En 2016, c’est l’accès à l’éducation qui a été choisi, alors qu’en 2017 on se concentrera sur la microfinance au service du logement.

La polyvalence de ce prix assure une visibilité pour les projets de microfinance dans tous les domaines.