Romain Schumacher

(F91 Dudelange – Carré Assurances) :

PORTRAIT SOCIAL DU FOOTBALL

PRÉSIDENT DU F91 DUDELANGE, CLUB PHARE DU FOOTBALL LUXEMBOURGEOIS, ROMAIN SCHUMACHER SE LIVRE SANS LANGUE DE BOIS CONCERNANT SON CLUB ET LE FOOTBALL LUXEMBOURGEOIS.

POUVEZ-VOUS NOUS DÉCRIRE LE
F91 DUDELANGE EN QUELQUES MOTS ?

Le F91 Dudelange est le résultat d’une fusion de trois clubs Dudelangeois en 1991. Ce fut un véritable déchirement émotionnel, traduisant l’importance sociale du football à Dudelange. Je me souviens encore des supporters les plus âgés pleurer en sortant de l’assemblée générale. Ici, il existe une identité propre à chaque club : les Italiens supportaient le CS Alliance, les classes aisées le CS Stade et les commerçants et ouvriers l’US Diddeleng. Nous débutons en division 2 et accédons directement à l’élite à l’issue des play-offs. L’année suivante, je m’implique davantage dans la vie du club et nous renforçons l’équipe grâce à l’arrivée de sponsors. Dès la première année, nous atteignons la finale de la coupe ce qui nous qualifie pour la Coupe d’Europe ! Petit à petit, nous nous imposons comme un club sérieux du championnat. Mais le club change de dimension en 1998 avec l’arrivée de Flavio Becca en tant que sponsor principal, pour devenir aujourd’hui le club phare dans le paysage footballistique luxembourgeois, avec 12 championnats remportés depuis 2000.

QU’EST-CE QUE VOUS RETENEZ DE VOTRE IMPLICATION DURANT TOUTES CES ANNÉES ?

De grandes émotions. Je me souviens notamment d’un match retour contre le Zrinjski Mostar, en coupe d’Europe. Après une défaite à Dudelange, nous nous déplaçons en Bosnie et marquons à la dernière minute le but qui nous offre les prolongations. Dans

un état de grâce, nous y marquons 3 buts. A 0-4, nous pensions nous faire tuer par les supporters bosniens, qui, à la surprise générale, nous ont fait une ovation inoubliable ! Plus récemment, nous avons réalisé l’exploit en éliminant le grand Red Bull Salzbourg de la Ligue des Champions. Un moment magique. Mais le football, c’est aussi de grands déchirements.  Je pense à toutes ces amitiés sincères tissées durant une carrière de joueur et détruites par les hasards de la vie d’un club. Mais en tant que président, je me dois préférer le pragmatisme à l’émotionnel, parfois à contrecœur.

« Le plus important dans un stade, ce n’est pas la façade ! »

Romain Schumacher, président du F91 Dudelange –
Carré Assurances

L’ISLANDE ET SES 300 000 HABITANTS SE SONT QUALIFIÉS POUR L’EURO 2016 ET ONT MÊME TENU TÊTE AU PORTUGAL : QU’EST-CE QU’IL MANQUE AU LUXEMBOURG POUR CONNAÎTRE UN TEL PARCOURS ?

Il manque d’abord une culture du sport de haut niveau. Ici, le sport demeure secondaire dans l’éducation et n’est pas considéré comme un vecteur de réussite sociale. Or, pour faire éclore un talent, toute une famille doit se mettre à l’unisson. D’autre part, les instances ne facilitent pas les choses. Les meilleurs talents sont arrachés à
leur environnement pour rejoindre la Fédération à Mondercange. Le football luxembourgeois manque d’une politique de fond, c’est pourquoi nous avons fondé une ligue avec les autres clubs. Prenons l’exemple des stades : nous connaissons un retard abyssal ! En 2013, Michel Platini avait désigné le stade Josy Barthel comme étant le « plus pourri d’Europe » et la leçon n’a pas été retenue : pour le projet du nouveau stade a été mandaté un architecte prestigieux spécialisé dans les stades de 80 000 places et souhaitant avant tout soigner la devanture... Il faut avoir le courage de se poser les bonnes questions dans un pays comme le nôtre. Le plus important dans un stade, ce n’est pas la façade !