Stéphane Pesch (LPEA) : Croissance et Synergie

Stéphane Pesch succède à Rajaa Mekouar comme CEO de la Luxembourg Private Equity & Venture Capital Association. Il dévoile les missions de son mandat, axés sur la croissance de l’asbl et sur la multiplication de synergies avec les acteurs de la place financière. Interview.

 

Quels objectifs vous êtes-vous fixé pour votre mandat ?

Tout d’abord, je souhaiterais encore souligner cet honneur de succéder à Rajaa. Durant son mandat, elle a accompli un superbe travail, tout en promouvant et faisant avancer la Luxembourg Private Equity & Venture Capital Association. Ma fonction de CEO a débuté le 1er septembre, après presque une année passée au sein de la LPEA comme Directeur de la stratégie. Ce poste m’a permis de me familiariser avec les rouages et le fonctionnement internes de notre instance, et surtout de me concentrer sur les tâches importantes de ma feuille de route, comme le « thought leadership » (contenu éclairé et spécialisé), le « public advocacy » (représentation et promotion auprès du public), ou encore l’attraction et la formation de talents (via la LPEA Training Academy et d’autres partenariats). Dans un premier à temps, je me consacrerai pleinement à l’implémentation du plan stratégique 2020-2025, tel que défini par notre Comité Exécutif. Celui-ci compte des projets ambitieux comme la croissance de notre groupe, la multiplication de synergies avec d’autres acteurs de la place financière, pour une visibilité accrue de l’industrie. Dans une deuxième phase, nous mettrons en place de des initiatives complémentaires. J’aspire également à maintenir notre esprit dynamique, entrepreneurial et passionné ; nous avons su nous réinventer et faire face à la situation actuelle.

"J’aspire à maintenir notre esprit dynamique, entrepreneurial et passionné ; nous avons su nous réinventer et faire face à la situation actuelle."

Comment la crise du Covid-19 affecte-t-elle le Private Equity ?

Le PE constitue une classe d’actifs plutôt « acyclique », dédiée à la création de valeur de sociétés non cotées, sur le long terme et non sur une base trimestrielle. Ses véhicules d’investissement restent normalement fermés (aux rachats), et offrent ainsi à leurs gestionnaires (les GPs) la possibilité de se consacrer pleinement à la sélection de firmes ciblées. Ces dernières suivront alors un programme d’optimisation opérationnelle, technologique, stratégique et commerciale, destiné à en accroître la valeur, avant leur revente au bout de quelques années. Les GPs se consacrent ainsi pleinement aux différentes entités acquises (un nombre limité), et leur apportent de manière focalisée et pratique leur expérience et expertise, ainsi que des améliorations nécessaires. Le Covid-19 a évidemment affecté tous les acteurs économiques y compris notre profession, et de façon plus contrastée les acteurs du monde technologique, dont certains ont très bien tiré leur épingle du jeu. Par conséquent, des organisations détenues par des fonds PE demeureront elles aussi confrontées aux impacts du coronavirus, tout comme leurs clients, fournisseurs, prestataires ou partenaires. Ces effets devront bien évidemment être analysés en détail. Le cas échéant, les administrateurs de combleront les soucis temporaires de trésorerie, afin d’en préserver la valeur et les efforts déjà fournis. En clair, des valorisations de portefeuille subiront potentiellement des ajustements et influenceront éventuellement la vision des professionnels quant à leurs domaines de prédilection. Toutefois, de nombreuses opportunités subsistent, bon nombre de fonds PE disposant encore d’un trésor de guerre, le fameux « dry powder » (capital engagé mais pas utilisé), pouvant éventuellement servir à l’acquisition de cibles intéressantes et compatibles. 

 

Quels challenges et opportunités identifiez-vous pour le Private Equity dans les cinq années à venir ?

 

Comme dans d’autres segments d’actifs et secteurs, il gardera des stigmates de la pandémie. Sa mutation déjà bien entamée s’accélérera. Inutile désormais de démontrer les économies d’échelle générées par les différentes plateformes de communication, ces dernières ayant profondément révolutionné nos habitudes de travail, de faire du business et de nous rencontrer. Cet exemple reflète le sommet d’une digitalisation plus poussée, source de grandes opportunités et de challenges, sans oublier l’aspect humain ! Des nouvelles technologies comme la « blockchain » transformeront à termes les activités de « registre » et d’« agents de transfert » notamment ; dans les fonds d’investissement ces dernières effectuent entre autres les contrôles AML et KYC des clients et investisseurs. De même, la mise en place de processus automatisés et robotisés, voire de l’intelligence artificielle apparaît clairement d’actualité. Appliqués par les administrateurs et leurs équipes, ils traiteront toujours plus efficacement un nombre exponentiel d’informations et de « deals », et les aideront à prendre des décisions encore plus précises voire chirurgicales. Grâce à cette « substance » grandissante,  les entités basées au Luxembourg gagnent en taille, changent de métiers (back, middle office en plus de nouveaux rôles) et se spécialisent. D’où la nécessité de se doter d’un éventail plus large de talents disponibles, bien formés et disposant déjà d’une expérience concluante dans le monde du Private Equity. Dès lors, il devient primordial d’attirer ces profils au Grand-Duché, de développer et de leur proposer des formations adéquates (par exemple via la LPEA Training Academy), mais aussi de leur faciliter si possible l’entrée dans notre écosystème entrepreneurial et palpitant. Finalement, il importe pour notre asbl et notre branche de poursuivre systématiquement les efforts de promotion, de démystification et d’explication quant aux effets positifs et bénéfiques du Private Equity, pour l’économie réelle, le financement d’entreprises (PME pour une grande partie) et la diversification de portefeuille. 

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