Thomas Coville: un optimiste à la barre

De passage au Luxembourg pour les « Défis de l’entreprise » chez Arendt et Medernach, Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim’ - recordman de la traversée de l’Atlantique et ancien recordman du tour du monde en solitaire en 49 jours et 3 heures répond à nos questions.

Vous avez échoué quatre fois dans votre tentative autour du monde avant de battre le record en solitaire. Avez-vous été tenté de renoncer ?​

Je crois beaucoup à la résilience. J’ai grandi tard. Je me souviens de mon professeur de sport qui se frottait les mains avant de se moquer de mes performances quand j’avais 16 ans. Dès que je me suis retrouvé dans un bateau, j’ai adoré la simplicité qui y règne. Personne ne vous dérange. Une action amène une réaction et une erreur se paie avec une voile dans la figure. Tout est clair. Six mois avant le record, j’avais percuté un cargo au bout de 11 heures de course dans la Route du Rhum et le moral était au plus bas. Cet incident après plusieurs échecs a transformé mon équipe : elle a trouvé dans ces revers successifs une forme de résilience qui l’a rendue beaucoup plus forte. Mon sponsor Sodebo – géré par 3 femmes - a conditionné la prolongation du contrat avec mon accompagnement par un coach mental. C’est là que j’ai réalisé que j’étais trop dans la critique et pas assez dans le plaisir. Si je vous donne 9 compliments et un défaut, vous ne retenez que le défaut car au départ, l’homme était une proie que tout défaut mettait en danger. Par extension, ces défauts mettaient également en péril toute l’espèce. Depuis que j’ai réalisé ce constat, je me concentre beaucoup plus sur le plaisir, les qualités et le bonheur. Je réactive des zones de mon cortex qui étaient inactives pendant des millénaires.​

Citation : « Pour moi, gagner, c’est aligner le petit garçon que j’étais, qui je suis et qui je veux être. »

Comment analysez-vous les changements de notre époque ?

Je suis très positif ! Ceux qui disent que la technologie ou la nouvelle génération présentent des risques cherchent à faire commerce d’une forme de terreur. La technologie par exemple est omniprésente sur mon bateau et je trouve qu’elle est vertueuse quand elle est bienveillante. Grâce à elle, l’équipe de mon responsable technique, Elie Canivenc, me permet d’aller plus vite que le vent. Les systèmes électroniques peuvent également me sauver la vie. Au niveau des jeunes, je leur demande toujours ce que veut dire « Gagner » pour eux car ce n’est pas une fin en soi. Pour moi, il s’agit d’aligner le petit garçon que j’étais, qui je suis et qui je veux être. Pour avancer, chacun doit se poser ces questions fondamentales : de quoi êtes-vous capable pour gagner ? Jusqu’où acceptez-vous d’aller dans l’échec ? Je trouve essentiel d’investir dans l’échec ! Je m’entoure de poils à gratter plutôt que des « mouflous » toujours d’accord avec moi. Je cherche avant tout à avoir des collaborateurs ‘concernés’. Au niveau management, nous nous inspirons par exemple de la musique de chambre pour créer des dynamiques de leadership alterné. Je cherche également la compagnie de personnes qui m’inspirent, notamment le philosophe Michel Serres ou l’acteur Jacques Gamblin.

Comment gérez-vous le sommeil?​​

Le problème n’est pas de dormir ou pas. C’est de bien s’endormir. Je dors au maximum 25 minutes, et je dois donc être capable de trouver le sommeil en 3 minutes. Deux facteurs s’avèrent déterminants : d’abord le timing. Je dois trouver un moment favorable, entre deux manœuvres. Ensuite la technique : j’utilise des techniques d’auto-hypnose et de respiration ventrale. J’imagine par exemple une de ces pyramides de verres sur lesquelles du champagne est déversé lors des mauvais mariages. Je me vois au centre de cette pyramide. Le liquide coule sur ma tête, puis sur ma famille et plus le cercle s’élargit, plus je me sens bien. Au total, je dors 3 heures par nuit et une quatrième heure pendant la journée. La pharmacologie n’est pas adaptée à notre sport. Cela pourrait fonctionner sur quelques jours, mais pas sur 6 semaines. Nous avons trop peur de perdre le contrôle du bateau. 

Olivier De Kersauson vous surnomme « Le petit fumier » ?

Quand j’ai fait mon premier tour du monde avec lui, en 1997, l’équipage jetait les déchets par-dessus bord. J’étais alors le « jeune » à bord et j’ai obtenu de pouvoir organiser le tri de ces déchets. Un jour, j’ai vu Olivier uriner sur mon recyclage. J’ai exprimé clairement mon mécontentement et je crois que c’est là qu’il m’a attribué ce surnom !

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