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Kateryna Moroz : Une histoire d'amour et de guerre

Kateryna Moroz présente le livre co-écrit avec Jérôme Bloch, dont l'intrigue se déroule à Kyiv et à Luxembourg-Ville. Le roman est numéro un des ventes de livres anglophones chez Ernster. Interview.

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©360Crossmedia/CN

Pourquoi écrire ce livre ?

Ce livre nous est simplement arrivé. La guerre, mon pays, ma vie. Beaucoup de bouleversements depuis 2020. Nous ressentons tous le besoin de réfléchir quand nos vies basculent, mais le rythme et l'imprévisibilité du quotidien nous en empêchent souvent. Ma visite au Dialog Museum de Francfort m'a profondément marquée. Ce lieu propose une heure dans l'obscurité totale. Juste après, j'ai retrouvé Jérôme au Städel Museum. Autour d'un café, nous avons discuté de tout cela. En quelques heures, il a assemblé toute l'histoire comme les pièces d'un puzzle et l'a immédiatement intitulée « Blindspot » pour illustrer le fossé perçu, en m'écoutant, entre les cultures ukrainienne et américaine, mais aussi à travers l'Europe.

Comment avez-vous écrit ce roman ?

Je me trouvais à Francfort pour un traitement médical. Je disais alors à mes amis : « Une fille sous perfusion ne discute pas avec la vie. » Quand Jérôme a proposé d'écrire un livre ensemble et m'a envoyé les deux premiers chapitres, j'ai d'abord multiplié les raisons de refuser : je ne suis pas écrivaine, l'anglais n'est pas ma langue maternelle, et bien d'autres. Probablement trop affaiblie pour résister, je me suis laissée convaincre. Je pensais pouvoir au moins témoigner en racontant la Kyiv que je connais et que j'aime. J'ai dessiné une carte de Kyiv avec tous mes endroits préférés, et tout a commencé ainsi. Nous avons opté pour un style très court afin de compenser le fait qu'aucun de nous deux ne parle l'anglais nativement. Phrases ciselées. Chapitres concis. Beaucoup de lecteurs nous disent lire le livre comme un scénario de film. Nous avons enchaîné des mois de réunions Zoom quotidiennes et réécrit le texte quatre fois au total. Le format court nous a permis ce luxe de retravailler l'ensemble à plusieurs reprises ; à chaque itération, l'histoire prenait de l'ampleur.

« Nous ressentons tous le besoin de réfléchir quand nos vies basculent. »

Quelle part de cette histoire vous appartient ?

Cette histoire m'appartient, sans m'appartenir entièrement. Inspirée de ma vie, elle a fini par prendre sa propre forme. Certains détails factuels ne collaient pas au récit. Nous les avons remplacés par des éléments plus simples et plus fluides pour produire le même effet que dans la réalité. Vous pouvez comparer cela à une publicité pour un café à la crema parfaite : sur la photo, la mousse est presque toujours de la mousse à raser. La littérature fonctionne de la même manière : plutôt que décrire huit événements inextricables, mieux vaut se concentrer sur un seul moment puissant. En définitive, ce livre parle avant tout de mon pays. Il partage aussi l'expérience de beaucoup de femmes vivant à la frontière entre la paix et la guerre, entre la vie et l'émigration, entre la perte de sens et la reconstruction de soi.

Qu'attendez-vous de ce livre ?

Cette question ressemble à celle que l'on pose à propos d'un enfant. Nous ne décidons pas des destinées. Je souhaite simplement que ce livre remplisse la mission pour laquelle il a vu le jour. J'aimerais que les lecteurs comprennent un peu mieux mon pays, ses habitants, son histoire, sa culture, et sans doute aussi la guerre et ses effets.

©Andy#40

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©DR

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