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Dario Amodei (Anthropic) : chevaucher l'exponentielle

Dario Amodei (Anthropic) : chevaucher l'exponentielle

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En février, Anthropic valait 380 milliards de dollars. Trois mois plus tard, 965 milliards, aux portes des mille milliards. Dario Amodei a une métaphore pour cette vitesse : un vaisseau spatial lancé à une allure proche de celle de la lumière, où l'on dort une nuit et où deux jours s'évaporent sur Terre.

La curiosité avant le code

Né à San Francisco en 1983, Amodei est le fils d'un artisan du cuir et d'une mère qui travaillait en bibliothèque. La première révolution d'internet se déployait autour de lui, sans qu'il y prête la moindre attention. Ce qui le captivait, c'était les mathématiques, la science-fiction et la question du fonctionnement de l'univers. La ville lui a aussi transmis autre chose, une tolérance pour le non-conformisme, l'intuition qu'une idée tenace méritait d'être poursuivie même lorsque tous les experts s'y opposaient. Formé comme scientifique, il a débuté sa carrière dans la biologie, étudiant les systèmes vivants avant de se tourner vers les machines. Une année chez Baidu l'a conduit vers l'intelligence artificielle, où il s'est convaincu que la technologie grimpait le long d'une seule courbe, implacable, celle qu'il appellera plus tard une exponentielle régulière.

« Nous joignons le geste à la parole. »

Une rupture, puis un pari

La rupture avec OpenAI, où il occupait le sommet de la recherche, tenait à une question de confiance plus qu'à un désaccord isolé sur la sécurité. En 2021, il est donc parti, avec sa sœur Daniela et un groupe de chercheurs, pour bâtir Anthropic à sa manière. L'entreprise a fait un pari à contre-courant. Tandis que d'autres couraient après les applications grand public et l'attention qu'elles récoltent, Anthropic vendait la technologie sous-jacente aux développeurs et aux entreprises, à travers des outils comme Claude Code, Cowork ou Claude Design. Ces outils ont fait mouche, et le chiffre d'affaires a triplé en un seul trimestre. Cette vélocité reposait sur deux moteurs, une culture qu'il protégeait au point d'y consacrer la moitié de son temps, et Claude lui-même, désormais mis à contribution pour construire le prochain Claude. À ce stade, Claude Code écrivait déjà, selon les estimations, 4 % de tout le code public sur GitHub.

Des principes au sommet

La courbe a fait ce qu'il attendait d'elle. Pourtant, le récit qu'il livre au sommet est celui de la retenue. Lorsqu'un modèle interne, nom de code Mythos, s'est révélé si doué pour s'introduire dans les logiciels que les premiers testeurs l'ont qualifié d'arme, Anthropic l'a retenu et ne l'a ouvert que par étapes. Couper la vente de ses modèles en Chine avait déjà coûté plusieurs centaines de millions de dollars, une facture qu'il a réglée sans qu'on le lui demande. Quand le Pentagone a exigé un Claude débarrassé de ses interdits sur la surveillance de masse et les armes autonomes, il a refusé et accepté d'être étiqueté comme un risque pour la chaîne d'approvisionnement. Lecteur de The Making of the Atomic Bomb, il s'identifie moins à Oppenheimer qu'à Leó Szilárd, le physicien qui a imaginé la réaction nucléaire en chaîne avant de se battre pour la contenir. Il préférerait poser ses conditions plutôt que de vaincre sans elles.

ANDY

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