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Andy 15 ans
David Baverez : la croissance de l’Europe passera par la Chine
Investisseur privé, essentiellement actif en Chine depuis 2010, David Baverez s’est fait connaître auparavant comme Portfolio manager chez Fidelity Investments, à Londres et Boston, puis en tant que fondateur de KDA Capital. Il a signé plusieurs livres illustrant les changements quasi tectoniques entre Europe, Chine et États-Unis. Fustigeant les réticences de l’Union européenne, il encourage les investisseurs à se tourner vers l’Empire du Milieu pour garantir l’avenir du vieux continent.
Dans vos ouvrages, une Chine innovante et productive se dévoile. Comment expliquez-vous l’écart avec l’image renvoyée par les médias occidentaux ?
Ayant vécu aux USA, je peux attester de l’a priori positif des Européens par rapport à ce pays. Les doutes et les déceptions ne surviennent que dans un second temps. Pour la Chine, l’inverse se produit: en partant d’un préjugé négatif, le visiteur va creuser, rencontrer les habitants, et découvrir une situation nettement plus paradoxale qu’imaginé. Notre ignorance atteint pourtant toujours des sommets. Ce pays possède une diaspora d’environ 70 millions de personnes en Occident. Ils se sont intégrés dans notre société et notre économie et peuvent abreuver la Chine d’informations. Les 600.000 Occidentaux installés en Chine continentale pèsent peu en comparaison. Sachant que le XXIe siècle n’existera qu’à travers l’information, les données, notre désavantage compétitif risque fort de se creuser.
« L’Europe n’a jamais eu autant besoin de la Chine, et la Chine de l’Europe. »
A quel « Grand tournant » faites-vous allusion dans votre dernier livre ?
La crise du COVID a mis le monde à l’arrêt. La planète ne restera pas l’apanage de 700 millions de privilégiés américains et européens, mais un univers partagé par 7 à 8 milliards de personnes. Nous devons réinventer notre mode de vie, peu soutenable, en nous appuyant sur la digitalisation. Nous, Européens, ne connaissons plus de croissance. Nous devons nous intéresser à celle de la Chine : elle représente un tiers des perspectives mondiales. Nous ne pouvons pas en priver nos jeunes. L’Europe n’a jamais eu autant besoin de la Chine, et la Chine de l’Europe, pour remplacer les États-Unis, entrés en « paix froide » avec Pékin. L'UE ne doit pas se tromper. Je pense à l’accord global sur les investissements de décembre 2020, gelé par le Parlement européen, alors que les USA augmentent leur business en Chine. Méfions-nous d’ailleurs des « faux amis » américains.
Pouvez-vous décrire votre expérience des affaires en Chine ?
A Hong-kong, aujourd’hui, j’éprouve vraiment l’impression de me situer aux USA dans ces années folles de 1920, où il fallait tout reconstruire. La voiture est vraiment née à ce moment, comme la radio, les grands magasins… L’investisseur ne trouvera sa place en Chine que s’il y invente un nouveau modèle économique, en considérant 7 milliards de terriens, et plus 700 millions de privilégiés. L’économie du partage, à travers la digitalisation, constitue la seule manière d’obtenir ce multiplicateur par dix. En Chine, le commerce électronique s’est déjà totalement réformé, notamment par le biais des réseaux sociaux. Un tournant fascinant pour l’investisseur consiste à numériser tous les services, dont ceux ne nous ayant jamais vraiment traités comme clients : la banque, l’assurance, la santé, l’éducation, l’alimentation. L’intelligence artificielle va permettre de proposer un service personnalisé à un coût de marché de masse. Cette mutation prend des parts de marché à une vitesse hallucinante. Je conseille en tout cas aux investisseurs de s’assurer que leur business model profite au développement de la Chine. L’indispensable soutien de l’État chinois ne se manifestera qu’à ce prix. Et je constate que les sociétés à structure familiale trouvent plus facilement un répondant similaire ici.
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