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Patrick Goldschmidt : Les investisseurs doivent revenir sur le marché du logement

Patrick Goldschmidt, membre du Collège échevinal de la Ville de Luxembourg et député, revient sur les défis les plus urgents de la capitale : crise du logement, sécurité urbaine et rôle du Parlement dans une époque de mutation rapide.

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Quels sont les principaux défis de la Ville de Luxembourg aujourd'hui ?

Avec près de 140 000 habitants et des décennies de forte croissance, la Ville de Luxembourg affronte un ensemble de défis complexes. La croissance a ralenti ces dernières années en raison de crises économiques successives, et la pénurie de logements émerge comme l'un des enjeux les plus urgents. Les permis de construire continuent d'être délivrés, mais la grande majorité concerne des rénovations plutôt que des constructions neuves. Les studios se louent entre 1 500 et 1 600 euros, et même des chambres simples atteignent 1 000 euros par mois. Le pays a besoin d'environ 4 000 nouveaux logements par an à l'échelle nationale, mais la construction s'est quasiment arrêtée. Au-delà du logement, je constate une détérioration visible de la sécurité publique, avec des incidents d'incivilité dans les transports publics et des vols à la tire de plus en plus fréquents, phénomènes largement absents encore une à deux décennies plus tôt. Sur la mobilité, la montée du télétravail a significativement réduit la congestion : une journée de télétravail par semaine représente 20 % de trafic en moins.

« Nous allons installer des centaines de caméras supplémentaires à La Gare et à Bonnevoie. »

©360Crossmedia/HC

La ville doit-elle libérer ses terrains pour la construction ?

La ville possède d'importantes réserves foncières, mais les terrains disponibles ne constituent pas le goulet d'étranglement. Des parcelles suffisantes existent déjà, que ce soit à Arc-Busier, Langfour ou Kirchberg. Les promoteurs ne lanceront pas les chantiers tant que plus de 30 % des unités ne seront pas prévendues. Les acheteurs manquent. Même si la ville souhaitait développer directement ses propres terrains, un site unique comme la Porte d'Hollerich pourrait coûter entre 500 et 600 millions d'euros à construire, bien au-delà de la capacité municipale. La vraie solution consiste à ramener les investisseurs sur le marché. Réintroduire l'amortissement accéléré pour l'investissement immobilier, un mécanisme supprimé il y a environ dix ans, représenterait une première étape significative. Nous vivons désormais la situation inverse. Ce dispositif doit revenir. Il faut aussi traiter les garanties d'achèvement dans les contrats VEFA : beaucoup de garanties ne couvrent aujourd'hui que la valeur de construction et non le terrain, ce qui laisse les acheteurs exposés en cas de défaillance du promoteur.

Davantage de caméras de surveillance arrivent-elles à la Gare et à Bonnevoie ?

Connecté via des réseaux de fibre optique, le déploiement s'inscrira dans le système VisuPol géré par la Police nationale. La commune doit installer et financer l'infrastructure, tandis que la police assure la surveillance. Mais les caméras seules ne suffisent pas. Si votre portefeuille se fait voler aujourd'hui en ville, le policier vous dira que ce n'est pas grave, car la personne sera à nouveau dehors dès le lendemain. La caméra représente une chose, mais le cadre législatif doit aussi évoluer. J'appelle à un renforcement de l'application de la loi pour accompagner ce déploiement, afin que les images se traduisent en conséquences réelles. Sur la question plus large de la photographie d'intrus dans des espaces privés, je dois admettre que la situation juridique actuelle m'a surpris, et je m'engage à l'évoquer avec le Ministre de la Sécurité intérieure.

Comme député, quelle influence réelle exercez-vous sur la législation ?

La perception selon laquelle les députés se contenteraient d'entériner les décisions de l'exécutif ne correspond pas à la réalité. L'accord de coalition fixe le cadre général, mais les fractions parlementaires contribuent substantiellement à façonner la législation. La récente réforme fiscale illustre concrètement cela. Les limites pratiques existent aussi : un député de la majorité déposant une proposition hors de l'accord de coalition sans consulter le ministre concerné serait inhabituel. Sur l'indexation, un mécanisme de plafonnement au-delà d'un certain seuil salarial mérite une analyse sérieuse, avec des effets complexes sur la sécurité sociale et les droits à la pension. Nous pourrions recommander qu'un futur gouvernement s'en saisisse. Avec des élections dans deux ans et demi, les citoyens attendent des résultats tangibles. Tout le monde attend un impact décisif tant du gouvernement que de la ville.

©Andy#40

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