Lex Delles (Ministre de l’Economie, des PME, de l’Energie et du Tourisme) : Le Luxembourg face aux incertitudes mondiales
Alors que les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques continuent de remodeler les marchés en 2026, Lex Delles, ministre de l’Économie, des PME, de l’Energie et du Tourisme revient sur l’évolution récente de l’économie du pays. Il évoque sa résilience, le développement de l’écosystème start-up ainsi que les priorités stratégiques en matière d’IA, de centres de données et de souveraineté numérique. Interview, 2 mars 2026.

Quelle est votre analyse de l’évolution de l’économie ces deux dernières années?
Depuis la pandémie de Covid-19 en 2020, l’économie mondiale a traversé une succession de crises : ruptures des chaînes d’approvisionnement, guerre en Ukraine, envolée des prix de l’énergie, montée des tensions géopolitiques et maintenant guerre en Iran. Si les pressions inflationnistes se sont atténuées à partir de 2024, l’année 2025 a toutefois été marquée par une forte incertitude économique, amplifiée par la politique américaine « America First ». Malgré cela, le risque d’une guerre commerciale prolongée s’était progressivement estompé grâce à de nouveaux accords, notamment entre l’Union européenne et les États-Unis, permettant un regain de confiance et une stabilisation du commerce international. En ce début mars 2026, l’incertitude sur les tarifs douaniers reste élevée et les tensions actuelles au Moyen-Orient ravivent les inquiétudes sur les marchés de l’énergie, notamment en raison de la fermeture d’une zone stratégique du détroit d'Ormuz, lieu de passage d’un cinquième de la production mondiale de pétrole et d’un cinquième de l'approvisionnement en gaz liquéfié (GNL). Au Luxembourg, après la récession de 2020 et une reprise rapide en 2021, la conjoncture s’est ralentie entre 2022 et 2024. En 2025, l’impact direct des tarifs douaniers américains est resté modéré, mais le pays demeure vulnérable aux fluctuations mondiales. Néanmoins, l'économie s'est montrée plus résiliente que prévu. Avec une reprise estimée modérée en 2025 (+1,0%), le Luxembourg était ainsi en début d’année en train de s’extirper de trois années difficiles (2022-2024), restant toutefois en-dessous de sa croissance historique (+2,9% entre 1995-2024). Reste maintenant à voir comment la situation au Moyen-Orient va évoluer dans les prochaines semaines.
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Officiellement le Luxembourg recense 823 start-ups sur le site Directory.startupluxembourg. Quelles sont celles qui ont réellement un avenir et qui sont capables d’offrir au Luxembourg de réelles retombées en termes d’emplois et de taxes ?
Cela fait maintenant un peu plus de dix ans que le ministère de l’Economie implémente des mesures pour soutenir les start-ups dès leur lancement. Ce soutien s’exprime notamment à travers diverses aides à la recherche et à l’innovation, ainsi que par des programmes, dont un des plus connus est le Fit4Start qui est dédié au lancement et à l’accélération des jeunes entreprises. Nous menons cette politique car nous sommes convaincus que les start-ups et scale-ups représentent un vecteur essentiel d’innovation, de digitalisation, de talent et de diversification pour notre économie. Évidemment, tout le monde sait que ce n’est pas un parcours facile : le taux d’échec reste élevé. Mais notre ambition, c’est justement d’attirer ici les entrepreneurs talentueux, de les accompagner
et de leur donner les meilleures chances de réussir. Ce qui est encourageant, c’est de voir que de plus en plus de sociétés arrivent aujourd’hui à lever entre 1 et 15 millions d’euros et à se développer à l’international depuis le Luxembourg. C’est exactement pour les aider à atteindre cet objectif que nous avons officiellement lancé cette année, avec Luxinnovation, le programme Fit4Scale, qui accompagne les entreprises les plus prometteuses. Pour cette première édition, cinq start-ups : Partao, ClimateCamp, Kidola, A352 et AIRMO, ont été sélectionnées, et elles illustrent parfaitement le dynamisme de notre écosystème. Un élément clé de ce nouveau programme est le partage d’expérience avec les entrepreneurs qui ont déjà réussi dans notre écosystème par le passé. Des entrepreneurs confirmés, à savoir les cofondateurs de Tadaweb, EuroDNS, Salonkee, Excellium Services et Talkwalker, ont répondu présents pour participer à la sélection et pour accompagner ces entreprises tout au long du programme et nous leur en sommes très reconnaissants. Cette collaboration entre le public et le privé, c’est vraiment ce qui fait la force du Luxembourg. Ensemble, on peut rendre notre écosystème encore plus compétitif et donner à nos start-ups et scale- ups toutes les chances de briller, ici et au-delà de nos frontières.
”Malgré les incertitudes mondiales, le Luxembourg reste résilient en misant sur l’innovation et la souveraineté numérique. “
Au niveau de l’I.A., des data-centers et de la cyber sécurité, comment le Ministre compte-t-il résoudre l’équation qui comporte l’électricité, l’accès à des terrains, à des GPUs, à des modèles, à une vitesse suffisante ? Quels rôles peuvent jouer les partenariats publique/privé ?
L’intelligence artificielle, les data-centers et la cybersécurité constituent aujourd’hui des piliers essentiels pour la compétitivité de notre économie. L’enjeu est de concilier nos ambitions technologiques, exprimées notamment à travers l’initiative stratégique « Accélérer la Souveraineté Numérique 2030 », avec la gestion responsable de nos ressources énergétiques et foncières, afin de garantir un développement durable de notre économie. Pour y parvenir, nous agissons à plusieurs niveaux. Sur le plan énergétique, nous collaborons étroitement avec les gestionnaires de réseau afin d’anticiper et planifier les renforcements nécessaires des infrastructures existantes : développement des interconnexions, modernisation des réseaux moyenne et basse tension, intégration accrue des énergies renouvelables et optimisation de l’utilisation des infrastructures actuelles. En parallèle, un projet pilote de densification des zones d’activités économiques a été lancé afin de permettre, à terme, d’accueillir davantage d’entreprises au sein de chacune de ces zones, dans l’ensemble du pays. En même temps, nous cherchons à favoriser l’implantation de data-centers à haute efficacité énergétique, assurant un niveau maximal de sécurité et de résilience, complétés par des solutions cloud souveraines. Le Luxembourg dispose déjà d’atouts majeurs : une connectivité très haut débit, des datacenters certifiés Tier IV, plusieurs solutions cloud souveraines, ainsi qu’un supercalculateur optimisé pour l’IA qui complète MeluXina. Sur le plan technologique, le gouvernement accélère l’adoption de l’intelligence artificielle en construisant un écosystème cohérent, inclusif et collaboratif, réunissant les secteurs public, privé et la recherche. Des initiatives spécifiquement dédiées aux entreprises, telles que la Luxembourg AI Factory, guichet unique d’accompagnement des entreprises innovantes, ou le Luxembourg Digital Innovation Hub illustrent cette dynamique. Les partenariats publicprivé jouent un rôle essentiel en mutualisant les investissements, en accélérant l’accès aux GPUs et aux modèles avancés et en soutenant la recherche appliquée. Ils permettent d’assurer une croissance numérique maîtrisée, souveraine et durable. Dans ce cadre, plusieurs appels à projets conjoints avec le Fonds National de la Recherche ont été lancés, avec le soutien de Luxinnovation. Les résultats de l’appel à projets "Calcul haute performance et intelligence artificielle" ont récemment été publiés, tandis qu’un nouvel appel à projets, ouvert depuis le 1er mars, vise les domaines des données, de l’IA et des technologies quantiques.
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