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Maurice Bauer : Investir aujourd'hui pour sécuriser demain

Maurice Bauer, député, rapporteur du budget 2026 et premier échevin de la Ville de Luxembourg, expose les priorités budgétaires, les défis de compétitivité et l'effort collectif nécessaire pour préserver la prospérité du pays.

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Comment décririez-vous le budget 2026 et son équilibre financier ?

J'ai présenté un budget ancré dans la responsabilité et l'ambition. Pour 2026, les dépenses totalisent 32,6 milliards d'euros, contre 31,1 milliards de recettes, soit un déficit de 1,5 milliard. Cet écart reflète un choix délibéré : investir maintenant pour sécuriser la prospérité à long terme. Les recettes reposent sur trois piliers : la fiscalité directe des entreprises et des particuliers ; la fiscalité indirecte, TVA, droits d'accise et prélèvements sur produits ; et les droits d'enregistrement. Le secteur financier reste le contributeur principal, ce qui reflète à la fois notre force et notre vulnérabilité. La compétitivité de la place financière soutient notre capacité à financer la cohésion sociale et la transition écologique. Pendant des décennies, des finances publiques robustes ont épargné aux citoyens le questionnement sur les sources de recettes. Ce confort ne doit pas nourrir la complaisance. Les choix stratégiques des années 1980, des initiatives satellitaires à la régulation des fonds européens, continuent de produire des rendements. Une audace comparable doit inspirer les décisions d'aujourd'hui. La dépendance à une industrie dominante impose vigilance et diversification renouvelée, tout en protégeant le secteur qui soutient l'ambition nationale. Une gestion budgétaire saine exige anticipation, discipline et clarté sur les risques comme sur les opportunités.

©360Crossmedia/AO

Le Luxembourg fait-il face à un défi de diversification malgré son succès ?

La dépendance à la finance persiste, malgré des efforts de diversification soutenus. Les initiatives dans la technologie satellitaire, le spatial, la logistique et les pôles d'innovation ont élargi la base. Plus de 80 entreprises orientées espace opèrent désormais au Luxembourg, preuve qu'un risque calculé peut redéfinir le profil d'un petit pays. La finance continue toutefois d'ancrer la stabilité budgétaire. La conscience de cette concentration doit progresser dans la société. Le Luxembourg rivalise chaque jour avec Paris, Berlin, Francfort et Londres. Agilité, leadership technologique et résilience détermineront les parts de marché futures. La finance durable illustre notre capacité d'innovation : la Bourse de Luxembourg reste leader mondial des cotations internationales et durables. Les budgets à venir peuvent renforcer encore les technologies vertes et la transformation numérique, au profit de l'attractivité pour investisseurs et entrepreneurs. Le budget 2026 introduit des incitations fiscales ciblées pour les start-ups et les talents. La confiance dans les champions nationaux reste essentielle. L'expertise locale en technologie et en intelligence artificielle mérite la même reconnaissance que celle souvent accordée aux géants étrangers. Le dialogue entre autorités publiques, professionnels internationaux et entrepreneurs demeure crucial. La prospérité ne peut reposer sur l'habitude ; elle exige réinvention et effort coordonné.

« Nous investissons aujourd'hui pour sécuriser la prospérité de demain. »

Comment intégrez-vous risque, politique verte et défense dans la stratégie budgétaire ?

La préparation budgétaire intègre désormais l'analyse de scénarios, notamment les variations des taux d'intérêt. Un décalage de cent points de base affecte la croissance, l'emploi et l'équilibre budgétaire. Une baisse de cette ampleur suffirait presque à éliminer le déficit. Cette modélisation renforce la prudence et clarifie l'exposition aux chocs externes. Les ratios de dette et de déficit restent modérés par rapport aux pays voisins, reflet du consensus politique sur la discipline. La fiscalité verte demande un équilibre. La taxe CO2 a réduit la compétitivité des carburants, diminuant les recettes annuelles de près de cent millions d'euros. Le tabac génère encore près de 1,6 milliard grâce à des écarts de prix favorables. La politique reste pragmatique : avancer sur les objectifs écologiques tout en préservant la stabilité budgétaire. La hausse des dépenses de défense, poussée par le contexte géopolitique et les engagements OTAN, a conduit au lancement d'une Obligation de défense. Cet instrument permet aux citoyens de contribuer directement à la résilience nationale, soutenu par des déductions fiscales. Des outils similaires pourraient s'appliquer au logement ou aux pensions pour encourager la participation civique aux priorités structurelles.

©Andy#40

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