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Henri Ruppert, vigneron de la neuvième génération à Schengen, retrace la montée en qualité de son domaine et l'essor de l'œnotourisme sur la Moselle luxembourgeoise. Interview.
Comment définissez-vous vos vins, au niveau des cépages et de vos objectifs?
Au début, mon premier but, c'était de produire des vins qui n'ont pas de défauts. Ce n'était pas le cas dans les années qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale: la plupart des vinificateurs du village n'avaient pas d'apprentissage, on transmettait juste ce qu'on avait fait en cave, et souvent ça ne suffisait pas. Ensuite, j'ai cherché la profondeur, des vins plus musclés. Ça passe d'abord par le rendement: j'ai diminué les rendements dans les vignes pour obtenir des raisins aptes à un cran de qualité au-dessus. C'est plus cher de produire peu que de produire beaucoup, parce que la vendange verte se fait à la main. Vient ensuite le choix des clones: sur un pinot noir, vous pouvez avoir 40 clones différents. Et puis la terre. On a aujourd'hui du Riesling sur quatre sols, et à chaque fois que vous changez de sol, le Riesling se goûte différemment. J'adore ça.
« Mon premier but, c'était de produire des vins qui n'ont pas de défauts. »
Est-ce que les gens au Luxembourg maîtrisent ces outils et racontent des histoires?
C'est totalement vrai, vous mettez le doigt sur un vrai sujet. On a assez de salles de dégustation, les vignerons en ont tous, mais la clé reste sous le tapis et elles ne sont pas ouvertes régulièrement. Chez nous, ce n'est pas le cas: on ouvre du mercredi au dimanche. L'œnotourisme nous aide beaucoup, vraiment beaucoup. Ici, on fait pratiquement 40% de notre chiffre d'affaires. C'est devenu un atout très important. Les bons jours, on accueille 150, parfois 200 personnes. Elles prennent des photos, des vidéos, et postent ça sur Facebook ou Instagram: une publicité incroyable. Là où existe une masse critique de vignerons indépendants, on pourrait monter un partenariat, un bar à vin ouvert régulièrement dans chaque village. Le tourisme à vélo me semble important aussi. Avec l'électrique, on remet en selle des gens qui ont un vrai potentiel d'achat. Il faut créer, sinon on n'a pas de clients.
Comment imaginez-vous le domaine dans 50 ans, dans 100 ans?
Bonne question. Il faut voir comment la Moselle va évoluer. Aujourd'hui, on peut s'agrandir facilement: beaucoup de vignes sont en vente ou délaissées, et on peut même choisir les meilleures. Quand j'ai commencé, aux enchères, je me disais que jamais je ne pourrais acheter à ces prix. Maintenant, elles sont bradées. Le climat change vite. Depuis une vingtaine d'années, on le vit vraiment. Cette année, on a un mois d'avance dans la vigne par rapport à une année normale, et on vendangera sans doute dès la troisième semaine d'août. Le Riesling n'aime pas les fortes chaleurs, donc on regarde déjà vers des expositions plus fraîches et d'autres cépages. En 2022, on a constaté que les coteaux B passaient nettement au-dessus des coteaux A en qualité. Le pinot noir, lui, entre dans un climat qui ressemble de plus en plus à la Bourgogne. Je n'ai pas trop envie de changer, je suis content de mes cépages, mais il faudra s'adapter.